La politique, c’est aussi la bataille de la communication. Utiliser les bons mots pour faire passer les réformes. Le gouvernement fait très attention, au point parfois de faire œuvre d’inventivité.

Le "wording", ces ruses de langage utilisées par l'équipe d'Emmanuel Macron tiendront-t-elles encore longtemps ?
Le "wording", ces ruses de langage utilisées par l'équipe d'Emmanuel Macron tiendront-t-elles encore longtemps ? © AFP / Mustafa Yalcin / Anadolu Agency

Regardez l’évacuation de la ZAD. Vous ne trouverez pas le moindre ministre, le moindre membre de cabinet utiliser le mot de « destruction » pour les squats à Notre-Dame des Landes. Car le gouvernement a donné pour consigne d’utiliser le terme de « déconstruction ». On déconstruit des « édifices précaires », dit le gouvernement. Et ca prend du temps, il faut enlever tous les « gravats ». 

Comme me l’a expliqué un communicant du gouvernement, cette formulation est moins violente que si on parle de « destruction ». "Déconstruction", ça renvoie à l’idée qu’on défait quelque chose qui a été fait. C’est une opération présentée comme neutre. Bon, dans la réalité, ça reste un bulldozer qui défonce tout. 

Voilà en tout cas, un exemple de ce que les pro de la com' appellent le wording. L’expression délibérément ciselée. Le bon mot, au bon moment.   

Le "wording" touche quels secteurs ? 

Tous les secteurs. 

Le gouvernement, par exemple, ne fait pas de « réformes ». Le terme peut faire peur. Non, l’exécutif mène ce qu’il appelle des « transformations ». C’est un mot plus rond, plus tourné vers l’avenir. 

Idem pour le code du travail. Macron ne l’a pas  « réformé » avec les ordonnances. Non, il a « libéré » le travail. 

Autre exemple : quand le gouvernement se réunit, il ne fait pas une réunion comme vous et moi. Non, c’est un « séminaire de travail ». On est dans le vocabulaire de l’entreprise. L’idée sous-jacente, c’est que c’est efficace. 

Quand je vous dis que ça touche tous les secteurs… Même la majorité est concernée. Officiellement, il n’y a pas de « frondeurs », il y a des « sensibilités ».    

Ça fonctionne, ces ruses de langage ?  

Oui, mais c’est limité dans le temps. 

Depuis le vote de la loi Immigration, puisqu’on en parlait, on sait qu’il y a au moins un frondeur. JM Clément, qui a voté contre. Il s’est d’ores et déjà mis en congé du groupe. Et la République en marche est que c’est encore un « mouvement, comme c’était présenté au début ? Autre wording. Aujourd’hui, plus personne ne reprend cette idée, tant l’organisation est pyramidale, avec des désignations par le siège. C’est un peu la morale de l’histoire : la réalité rattrape toujours le langage.

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