Le « je t’aime, moi non plus » entre Emmanuel Macron et Laurent Berger est peut-être le symptôme d’un mal qui laissera des traces dans le quinquennat.

Emmanuel Macron, président de la République, en visite à Abidjan en décembre 2019
Emmanuel Macron, président de la République, en visite à Abidjan en décembre 2019 © AFP / Ludovic MARIN

En politique, c’est normal de vouloir neutraliser ses adversaires d’un autre bord, ou de tuer ses amis "vieux de trente ans", concurrents au sein de la même famille. En revanche, se fâcher avec des hommes qui peuvent vous aider ou des forces sur lesquelles vous pouvez vous appuyer, c’est plus rare. C’est pourtant ce que fait Emmanuel Macron depuis qu’il est président. 

Dès son élection, il n’a eu de cesse de cornériser Manuel Valls, l’ex-Premier Ministre socialiste qui l’avait pourtant soutenu entre les deux tours, allant jusqu’à lui refuser l’imprimatur socialiste aux législatives. En juillet 2017, il limoge Pierre de Villiers, son chef d'État-major, en prenant le risque de se mettre à dos toute l’Armée. Aujourd’hui, c’est Laurent Berger, le leader de la CFDT favorable pourtant à la réforme des retraites qui se voit quasiment contraint de descendre dans la rue avec l’un des plus farouches opposants à cette réforme, Philippe Martinez, le patron de la CGT. 

Mais pourquoi un tel comportement ?

Parce que pour Emmanuel Macron, c’est un prêté pour un rendu. Le mépris déversé sur Manuel Valls, les proches du chef de l'État l’expliquent par le mépris avec lequel Valls à Matignon avait traité Macron alors ministre à Bercy. Macron s’en est souvenu et l’a lui a fait payer. 

Sa démission forcée ? Le général de Villiers la doit aux critiques acerbes qu’il a osées formuler sur le budget de la Défense. Macron, chef des Armées, les lui a fait payer. 

Quant à Laurent Berger, ce n’est pas tant son opposition sur les dossiers sociaux que Macron lui reproche mais ses prises de position plus politiques. Et notamment, la tribune au vitriol écrite l’an dernier dans L’Obs vilipendant la loi Asile Immigration portée par l’exécutif. Et Macron, en agitant le chiffon rouge de l’âge pivot à 64 ans, le lui fait payer !

Quelles peuvent être les conséquences politiques ?

Contrairement à Jacques Chirac ou même Nicolas Sarkozy qui voulaient avant tout être aimés de leur entourage et de l’opinion publique quitte, pour cela, à freiner voire stopper des réformes impopulaires, Emmanuel Macron ne cherche pas à être aimé mais respecté. L’envers de la médaille, c’est la susceptibilité. Un défaut, pire une fragilité qui peut pousser le président de la République à des erreurs. Couper le fil avec un allié objectif comme Laurent Berger n’est évidemment pas frappé du sceau de l’efficacité politique. 

Finalement, si Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, une fois quitté l'Élysée ont gardé des réseaux, des soutiens, voire le parti, Macron, lui qui est arrivé au sommet quasiment seul pourrait en partir totalement seul. 

L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
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