A l’occasion des élections municipales, les candidats rivalisent sur le thème de l'exemplarité.

C'est une véritable surenchère. C'est à celui qui lavera plus blanc que blanc. Si on additionnait toutes ces exemplarités, on parviendrait certainement au meilleur des mondes possibles. Voilà pour le mythe. La réalité est toute autre. L’exemplarité est un leurre, mais surtout elle n’est pas impérative.

Pourquoi ? Parce ce que nos politiques sont nos représentants. Nous n’avons donc pas à attendre d'eux qu'ils soient meilleurs que nous. Ils nous ressemblent avec nos lacunes, nos imperfections, nos contradictions. Et donc comptables d'une conduite exemplaire tout autant que nous le sommes de nous mêmes. Pas plus, pas moins.

L'exemplarité ne se décrète pas. Elle s'exécute. Elle n'est pas un état. Elle doit procéder d'une tension permanente vers son accomplissement. Que la République se veuille exemplaire, c'est salutaire, parce que c'est le bien commun et qu’il nous engage tous. En revanche, que ses élus s'érigent en incarnation de la vertu n'est pas bon signe. Un peuple mature n’a pas besoin que ses dirigeants lui montrent l’exemple. Il doit juste attendre d’eux la bonne exécution du pouvoir qu’il leur a délégué. Méfions-nous de ces promesses perpétuelles du mieux disant et du mieux faisant de cerre exemplarité portée en sautoir.

A entendre l’extrême gauche comme l’extrême droite, l’exemplarité se situe de leur côté.

Jamais à cours d'excès, les extrêmes. Surtout quand il s’agit de dénigrer le pouvoir en place, le « système » comme elles disent de concert, et quand il s’agit de vanter leur propre exemplarité. Forcément inaltérable. Inentamable. Irréprochable.

Et pour cause : les extrêmes finissent toujours par dicter leurs propres principes d'exemplarité, mais – et faut il s'en étonner - ces principes sont souvent loin d’être conformes à l’esprit démocratique. L’extrême gauche a son lot d’exemples. A Cuba par exemple.

Ou au Vénézuéla où plus le pouvoir se pare de toutes les qualités, moins il respecte les droits fondamentaux. Faut-il aussi mentionner tous ces pays où les populistes de droite extrême ou d’extrême droite passés et présents – c’est le cas en Hongrie aujourd’hui – détournent ou modifient la loi au prétexte d'une plus grande vertu ?

Les partis modérés gagneraient à ne pas entrer dans cette course perdue d’avance avec les extrêmes. Ils marqueraient leur différence, leur intelligence oserais-je dire, en affirmant : « je fais de mon mieux » plutôt que « je suis le mieux».

Cour de justice de la République
Cour de justice de la République © MAXPPP / Gérard Silver

Nos institutions participent pourtant de ce culte de l’exemplarité.

Et c'est un tort. Tout ce qui peut donner l'impression que nos politiques sont différents de nous, se placent au dessus de nous, leur confère une supériorité incompatible avec la notion de représentativité démocratique.

Par exemple, la Cour de Justice de la République, seule capable de juger les responsables politiques pour les actes accomplis dans le cadre de leurs fonctions, est une hérésie. Ils devraient être soumis aux mêmes impératifs d'honnêteté que n’importe quel citoyen et donc à la même justice. Les juges d’instruction ont ainsi dû se dessaisir au profit de la CJR de leur enquête sur Edouard Balladur et François Léotard liée à l’attentat de Karachi de 2002.

Pas d'exemplarité, donc pas de justice d'exception.

Puisqu'elle se veut une mise en garde contre les dangers de l'exemplarité, cette chronique ne se veut pas, vous l'aurez compris, exemplaire. Mais seulement une modeste contribution à la réflexion sur les ferments de l'extrémisme. La religion de l'exemplarité en est un.

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