(Par Renaud Dély)

Sous le cuir épais de nos politiques, il y a des émotions, des souffrances, bref, un cœur qui bat.

On les dit cyniques, insensibles et uniquement obsédés par la conquête de l’Élysée. Eh bien, on se trompe, ils ont, eux aussi, leurs faiblesses. Il arrive qu’ils craquent et qu’ils envisagent de raccrocher les gants . Ce fut le cas, à des moments différents de leur carrière, pour ceux que l’on présente comme les trois plus grands obsédés de l’Élysée : François Hollande, Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Pour ces trois-là, en ce moment, ça ne va pas très fort, c’est le moins qu’on puisse dire. Ils ont un point commun : un jour, ils ont bien failli tout lâcher et arrêter la politique.Même François Hollande . Son gros coup de blues remonte à fin 2007 . Après l’avoir viré du domicile familial, Ségolène Royal voulait le virer de son poste de premier secrétaire du PS, Hollande était lâché par ses plus proches amis, Julien Dray et François Rebsamen, qui en pinçaient pour « Ségo ». Il déprimait. Il avait pris dix kilos, s’habillait encore plus mal que d’habitude. Et il a commencé des démarches pour réintégrer La Cour des Comptes. C’est sa compagne de l’époque, Valérie Trierweiler, qui l’a convaincu qu’il serait un jour Président.

Le coup de mou de Nicolas Sarkozy remonte, lui, à 1995, au lendemain de la débâcle de Balladur. Sarkozy se faisait cracher dessus dans les meetings du RPR. Il était au fond du trou. L’un de ses parrains, le banquier Antoine Bernheim, lui a proposé de le rejoindre pour devenir «banquier d’affaires ». Un sarkozyste raconte qu’il a vu subitement « des dollars défiler dans les yeux de Nicolas ». Comme dans les dessins animés. « Je vais aller faire du fric » répétait Sarkozy. Et puis, en août 1995, il a passé ses vacances chez un autre de ses amis richissimes, l’homme d’affaires canadien Paul Desmarais, qui l’a assuré que son destin était tout tracé : un jour il serait Président !

François Bayrou aussi y croit, il a même déjà été candidat trois fois. Et pourtant, un soir de l’hiver 2002, au fin fond d’une chambre d’hôtel de province, il a failli tout lâcher. Pour sa première candidature présidentielle, Bayrou plafonnait à 2% dans les sondages. Une misère…Dans la rue, sur les marchés, il croisait sans arrêt des gens qui se moquaient de lui en faisant : « Mais euh… ». C’était sa marionnette des Guignols de l’Info. Bayrou ne regardait pas. Alors son staff lui a fourni un DVD qu’il s’est passé en boucle toute la soirée. Il s’est effondré. Il a pris son téléphone et a failli appeler Jean-Pierre Chevènement, qui planait alors à 14 % dans les sondages, pour lui annoncer qu’il le ralliait. Et puis Bayrou s’est repris. « Cela n’a duré que deux heures », raconte-t-il aujourd’hui. Mais c’est long, deux heures au bord du gouffre. Bayrou en est revenu. Et quinze ans après, il ne faut pas le pousser beaucoup pour voir se rallumer au fond de son regard la petite lueur de l’obsession de l’Élysée.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.