Rendons hommage à Georges Lautner en parlant des Tontons flingueurs du PS. On croyait pourtant que les socialistes étaient rassemblés ?

Les tontons flingueurs
Les tontons flingueurs © Radio France

Je sens comme une pointe d'ironie dans cette question... C'est vrai qu'on a assisté ces derniers jours à un sacré bal des hypocrites.

Quand on entend Harlem Désir demander à l'UMP d'arrêter le « PS bashing », honnêtement, on se pince ! Parce que les premiers fournisseurs de vacheries et de coups de taloche contre les socialistes, ce sont quand même les socialistes eux-mêmes ! A se demander s'ils ne seraient pas un peu suicidaires sur les bords.

Quelle est donc cette étrange maladie qui pousse les ministres et les éléphants socialistes à se canarder avec jubilation et à s'abattre en meute sur celui qui réussit un peu mieux que les autres ? Certains appellent ça « la pulsion de mort ». Après des années de TSF -tout sauf Fabius-, puis de TSS -tout sauf Ségolène- on est passé au TSV -tout sauf Valls, la nouvelle tête de turc.

Voici un petit florilège des vacheries qui circulent au gouvernement. C'est plus fort qu'eux, ils ne peuvent pas s'en empêcher. Prenez l'affaire de l'otage libéré au Nigéria, que Laurent Fabius est parti chercher. Un de ses rivaux au gouvernement n'a pas résisté à cette méchante blague : « Vous imaginez ce pauvre type qui passe un an prisonnier dans le désert et qui se retrouve enfermé dans un Falcon avec Fabius ? »

Ou cet autre ministre, qui doute de la réforme fiscale lancée par Jean-Marc Ayrault : « Il sait qu'il va bientôt partir, alors il laisse un bâton merdeux à son successeur ».

Ou enfin cet autre, qui moque l'incapacité du président à trancher : « Regardez combien de temps il a mis à choisir entre Valérie et Ségolène... »

Ce week-end, Vincent Peillon a mis le holà en appelant les socialistes à arrêter les tirs entre amis en vue des élections, enfin surtout de son élection à lui, puisqu'il est candidat aux européennes. C'était samedi lors d'un colloque sur le progrès :

Là encore, on se pince. Parce que tout le monde sait très bien, à gauche, que Vincent Peillon a la langue bien pendue contre ses petits camarades. Et ça n'est pas pour rien que François Hollande le surnomme « le serpent ».

Ces pulsions fratricides seraient un problème de maturité. Je ne vais vous refaire le coup du « c'est la faute du président, il manque d'autorité ». Non, au PS, les petits meurtres entre amis c'est culturel, c'est quasiment inscrit dans l'ADN du parti, qui a toujours fonctionné avec des courants, des chapelles, des écuries. Il y a aussi le fait que le PS n'a jamais tranché sur des questions comme l'immigration, l'économie de marché ou l'Europe. Et ça, c'est aussi l'héritage de Hollande, qui n'a pas fait assez travailler les siens.

Et surtout, il y a ces dix ans passés dans l'opposition. Dix ans à tuer le temps en coups de Jarnac dans les coulisses des congrès, c'est long et forcément ça laisse des traces.

Résultat, les ministres se comportent toujours comme s'ils étaient des secrétaires nationaux du parti. Je laisse le mot de la fin à l'un d'eux, tristement lucide : « Les gens vont se dire : ils ne s'entendent même pas entre eux, c'est une bande d'incapables, une bande de branquignoles ! ». Bref, au PS, c'est toujours la même histoire : un contre tous et tous contre un.

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