Deux semaines après les attentats, les Français accusent le coup. Les ministres aussi ont du mal à reprendre le cours de leurs activités.

Le deuil national est fini. Il a duré trois jours. Mais le temps du deuil à proprement parler est loin d’être terminé. Pour les familles, bien sûr, qui enterrent leurs morts. Mais aussi pour la classe politique.

Un ministre m’a raconté que le gouvernement a cru possible de reprendre l’examen de certains textes au Parlement. Avant de réaliser que c’était trop tôt. Trop décalé. Par exemple : le projet de loi sur la santé devait être voté aujourd’hui. Ce vote a été reporté à mardi. C’est la troisième fois que ce texte est repoussé depuis les attentats.

Je vous cite un ministre, en off : « Le gouvernement a sous-estimé l’onde de choc provoquée par les attentats. Le pays reste profondément traumatisé ».

Même au sommet de l’Etat, les responsables politiques restent donc très marqués par ces évènements. Les ministres sont très secoués. L’un d’eux m’expliquait que chaque membre du gouvernement connaît quelqu’un qui connaît une victime. Tout le monde se sent touché. Manuel Valls l’a senti. Il a organisé un déjeuner à Matignon vendredi, qui s’est transformé en thérapie de groupe. Chacun a dit ce qu’il avait sur le cœur. Un secrétaire d’Etat a regretté de ne pas pouvoir assister aux conseils des ministres, où s’échangent les informations. Il se sentait exclu.

D’autres ont raconté ce qu’ils faisaient, au chevet des blessés. Ou pour la sécurité.

Certains ont poussé un coup de gueule, sur le thème : il y a des dérives inacceptables dans certains quartiers ! Les valeurs de la République se perdent ! Il faut agir ! Il faut du courage politique !

Confidence d’un ministre : « Nous avions besoin de partager. Un peu comme dans une famille ».

Comment revenir à la normale ? C’est la grande question . Un conseiller de l’Elysée me disait : « On est dans une période intermédiaire, post-traumatique ». Chacun fait comme il peut. Marisol Touraine, ministre de la Santé, s’est interrogée sur l’opportunité de lancer sa campagne annuelle contre les violences faites aux femmes. C’est aujourd’hui, comme tous les 25 novembre. Elle a décidé de le faire. Mais discrètement. Il n’y aura pas de conférence de presse de lancement.

Et puis, il y a les évènements qui sont morts-nés . La conférence sur le climat va « passer à l’as », selon un ministre. Le remaniement, que préparait François Hollande pour le lendemain des régionales a du plomb dans l’aile. Quant à la campagne des régionales, vous le savez, elle a du mal à redémarrer. L’hommage national, vendredi, devrait clore la séquence. Mais pour les politiques, comme pour l’ensemble des Français, il va falloir répondre à cette question : comment vivre avec ?

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