Par Charlotte Chaffanjon, journaliste politique à l'hebdomadaire Le Point

On l’oublie un peu, mais le FN n’est pas qu’un sujet de discussion entre leaders de l’UMP. À gauche aussi c’est une vraie préoccupation. Une inquiétude même. À Bordeaux, aux journées parlementaires du PS, c’est le sujet qui est le plus revenu. « Il faut faire attention au FN », soufflaient les députés. Matraquage fiscale, débat incessant sur les Roms… « Tous les sujets du moment profitent au FN », dit un élu qui résume la pensée générale.

Leur angoisse, c’est qu’une partie des électeurs de François Hollande à la présidentielle se reporte sur le FN aux municipales et européennes en 2014. Que les classes moyennes et populaires, je cite un ministre, « veuillent renverser la table », donc suivant les consignes de Marine Le Pen. Certains parlent même de « verdict des urnes », comme si les électeurs constituaient un jury populaire au procès de leur action.

- Chez les socialistes, y-a-t-il une stratégie par rapport au FN ?

Le PS va organiser le 5 octobre à Paris un débat autour du FN. Ils sont nombreux à le réclamer depuis longtemps, comme François Rebsamen, sénateur-ami de François Hollande qui fait remarquer qu’aux « défaites idéologiques succèdent les défaites électorales. »

C’est bien parce qu’il faut débattre. Parce que si tout le monde est d’accord pour dire que le FN grignote des voix à gauche comme à droite, personne n’identifie les mêmes causes. Donc personne ne préconise le même remède.

- Par exemple ?

Souvenez-vous, lorsque Delphine Batho est virée du gouvernement en juillet, elle ose dire tout haut que c’est la politique d’austérité qui mène au vote FN. Elle se fait porte-parole d’une aile gauche qui s’inquiète. Il faudrait donc desserrer l’étau, bien plus qu’en promettant une pause fiscale à laquelle personne ne croit. Relancer la croissance, en favorisant le pouvoir d’achat.

manuel valls critiqué après ses propos sur les roms
manuel valls critiqué après ses propos sur les roms © reuters

Mais Manuel Valls n’a pas la même analyse. Pour lui, la montée du FN est provoquée par un sentiment d’insécurité.

Par une peur qu’ont les Français de l’autre, de l’Europe, du monde. Il ne veut donc pas laisser à la droite les thèmes de la sécurité, de l’immigration. Il se les approprie sans complexe, comme lorsqu’il parle des Roms.

On va le réécouter, c’était sur France Inter mardi matin. Manuel Valls est au micro de Patrick Cohen.

- Avec de tels propos, est-ce que Manuel Valls ne fait pas le jeu de Marine Le Pen ?

Ce qui est sûr, c’est qu’il est loin de faire l’unanimité dans son camp. Mais il n’écoute pas les critiques. Car c’est lui qui reçoit le plus d’invitations de maires. Les candidats aux municipales veulent s’afficher aux côtés de Manuel Valls pendant leur campagne, parce qu’il répond aux inquiétudes exprimées sur le terrain.

Et puis Manuel Valls il réfléchit beaucoup à la question du FN. « La vraie question c’est la place du parti dans le débat public. Il ne faut pas le normaliser.» Ca, c’est lui qui le confie. C’est marrant parce que c’est précisément ce que lui reprochent de faire ses camarades. Alors vivement le débat !

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