Avec Nathalie Schuck, journaliste politique au quotidienLe Parisien-Aujourd'hui en France

François Hollande n'est pas ce président si « Pépère » que ça ! Il a même réussi à mater les deux ministres les plus turbulents du gouvernement.

françois hollande promet du concret pour "la france dans 10 ans"
françois hollande promet du concret pour "la france dans 10 ans" © reuters

Je sais, à première vue, ça peut surprendre. Parce que quand on pense à François Hollande, on imagine plutôt quelqu'un qui n'a pas beaucoup d'autorité, un président un peu mou, quelqu'un qui se fait marcher sur les pieds. Et pourtant, cet été, Hollande a réussi une performance : il a maté les deux fortes têtes du gouvernement, les deux ministres les plus remuants, les plus ambitieux aussi, j'ai nommé Manuel Valls et Arnaud Montebourg. Ils étaient tous les deux persuadés qu'ils avaient tous les droits, parce qu'ils sont populaires et parce qu'ils ont soutenu Hollande pendant la primaire socialiste. Mais voilà, c'était une grosse erreur. C'est passé un peu inaperçu, mais Valls et Montebourg, qui se voyaient déjà à Matignon, et pourquoi pas à l'Elysée en 2017, sont devenus, je cite un élu socialiste, l'expression n'est pas de moi, « des vrais petits toutous, et c'est le président qui les tient en laisse ! »

Exactement. Tout s'est passé au mois de juillet. Le président a fait un premier recadrage en Conseil des ministres, avec des mots qu'on a vraiment du mal à imaginer dans sa bouche: « Si certains ont envie d'un peu de repos, qu'ils viennent me voir, je vais arranger ça ! » En clair, « le prochain qui l'ouvre, c'est la porte ». On dirait presque du Sarkozy... D'ailleurs, Hollande a montré de quoi il était capable, puisqu'il a viré dans la foulée Delphine Batho. Arnaud Montebourg a parfaitement compris le message. Il s'était permis, on s'en souvient, d'insulter le Premier ministre. Je rappelle ses propos quand même, pardonnez-moi, « tu fais chier la terre entière avec ton aéroport ». Montebourg est rentré dans le rang. Est-ce que vous l'avez entendu depuis ?

  • Non, c'est vrai, plus un mot de travers !__

Alors Manuel Valls a mis un peu plus de temps à comprendre qui était le patron. A l'Elysée, on n'a pas du tout apprécié son « show » cet été devant les caméras. Et on n'a pas apprécié non plus qu'il commence à organiser autour de lui un semblant d'écurie, un peu comme s'il voulait se rendre indispensable, incontournable pour Matignon. Le problème, c'est qu'on ne force pas la main de François Hollande. Mi-juillet, le président a réuni discrètement quelques proches à l'Elysée en présence de Jean-Marc Ayrault pour leur passer la consigne suivante: « les egos, maintenant, ça suffit, on ne va pas laisser Valls fragiliser le Premier ministre ! » C'est comme ça que Valls s'est retrouvé à Marseille, debout sur une estrade derrière Jean-Marc Ayrault, obligé de l'écouter poliment, réduit au silence radio.

C'est ce que le Premier ministre appelle ironiquement le « quart d'heure de célébrité » de ses ministres. Bref, Valls et Montebourg ont compris qu'ils étaient allés trop loin. Hollande, qu'ils avaient pris pour un faible, est en fait un président qui n'a pas d'affect, une machine froide, et surtout quelqu'un qui tient entre ses mains la suite de leur carrière. Et la pire chose qu'il pourrait leur faire, ce serait de les laisser pendant cinq ans là où ils sont...

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