Alors qu'on attend la nouvelle composition du gouvernement, il semble que cette derniere crise soit une conséquence de la primaire socialiste de 2011.

Le Premier ministre a annoncé la démission du gouvernement
Le Premier ministre a annoncé la démission du gouvernement © maxppp

Comme dans un tremblement de terre, on peut dire que c’est une réplique de la primaire d’octobre 2011 qui avait vu François Hollande s’imposer face à Martine Aubry, mais aussi face à Arnaud Montebourg et Manuel Valls. François Hollande l’a certes emporté, mais dès lors, il s’est ligoté les mains.

Car si la primaire promeut les vainqueurs, elle a aussi promu les vaincus. C’est toute sa perversité. Loin de les éliminer, elle leur donne soit un poids politique grâce à un bon score –c’est le cas de Montebourg et ses 17%– soit à défaut une visibilité, une notoriété –c’est le cas de Manuel Valls qui a su la faire prospérer. Et les deux hommes ont su rappeler en temps voulu à Hollande que leur soutien lui a permis d’être premier. Mais un premier en perpétuel sursis. Réécoutons ce que Montebourg disait hier :

A dire vrai, depuis la primaire, Montebourg n’avait rien perdu de sa liberté. Le ver était déjà dans le fruit. **Cette crise n’est donc pas due à la seule faiblesse de François Hollande.** Il y a certainement un peu de cela, mais franchement je ne suis pas sûr qu’un autre vainqueur de la primaire, y compris Martine Aubry et sa légendaire fermeté, aurait suffi à faire taire les ambitions. La vérité, c’est que les primaires ne sont pas adaptées à notre système politique tel qu’il est aujourd’hui. Elles ont été plaquées comme une perruque sur un mort… pour donner une impression de démocratie participative à une Vème République qui est définitivement à bout de souffle. Et on en mesure réellement les dégâts qu’aujourd’hui. Aux Etats-Unis, les primaires sont incorporés aux institutions. Elles sont l’un des rouages essentiels d’un régime à 100%présidentiel. Alors que chez nous on le voit bien, c’est un système bâtard qui fait du Président le responsable de tout mais qui doit partager le pouvoir avec son Premier ministre. Et quand ce Premier ministre n’est pas seulement un ancien concurrent dans une primaire gagnée, mais aussi un potentiel concurrent dans une primaire à venir, ça rend les choses encore plus délicates. Manuel Valls a d’ailleurs menacé de démissionner si Montebourg restait. Lui aussi a goûté aux primaires et est dopé à la compétition.* **La droite risque de se retrouver empêtrée dans les mêmes difficultés si elle maintient sa primaire.** C’est une très grande probabilité. Franchement, vous imaginez Fillon se ranger derrière Sarkozy sans broncher ? Ou même Xavier Bertrand qui pourrait être le pendant de Montebourg à droite ? L’UMP est aujourd’hui incapable de réclamer d’une même voix une dissolution de l’Assemblée car il y a fort à parier qu’elle serait incapable de se rassembler derrière un Premier ministre tant il y a de lignes distinctes. Le PS aujourd’hui, l’UMP peut-être demain : la primaire donne l’illusion du rassemblement. C’est une cosmétique institutionnelle qui ne remplacera pas une réforme profonde de notre Constitution. Mais je crains que ce ne soit pas pour demain !
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