La campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet tourne au calvaire. Mais comment en est-elle arrivée là ?

En février dernier, quand Nathalie Kosciusko-Morizet annonce sa candidature à la mairie de Paris, tout le monde applaudit ! Tout le monde voit là un joli coup politique de la part d’une jeune élue ambitieuse, ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, ancienne porte-parole de sa campagne présidentielle, qui a l’avantage d’être de droite mais de plaire aux bobos de gauche. Sa popularité et sa notoriété sont nettement supérieures à celles de la socialiste Anne Hidalgo! La primaire n’a été qu’une promenade de santé face à des petits candidats qui se sont rapidement ralliés à elle. A ce moment-là tout le monde pense que NKM tient l’équation gagnante. Elle a juste oublié deux fondamentaux à Paris : la malédiction de la droite et la force de la gauche.

"nkm" serait battue à paris par anne hidalgo
"nkm" serait battue à paris par anne hidalgo © reuters

La malédiction, ce sont ces divisions permanentes qui empêchent la droite de gagner. Depuis le départ de Jacques Chirac de l’Hôtel de Ville pour l’Elysée en 1995 la droite n’est qu’un champ de ruines où fleurissent les divisions. En 2001, quand Philippe Séguin se porte candidat, il doit affronter les listes dissidentes de Jean Tiberi, le maire sortant qui n’accepte pas de se faire évincer. Résultat, malgré un nombre supérieur de voix, Philippe Séguin est battu par Bertrand Delanoë. En 2008, Françoise de Panafieu se heurte aux barons parisiens qui se désolidarisent d’une campagne donnée perdante et jouent leur propre carte. En 2014 NKM se retrouve avec le même problème : faute d’avoir su fédérer autour d’elle, elle va devoir lutter contre des candidatures dissidentes dans nombre d’arrondissements, notamment le Vème avec Dominique Tiberi particulièrement bien implanté. Mais ce sont aussi l’ensemble des dirigeants de l’UMP qui n’ont pas intérêt à la voir gagner : Copé et Fillon se méfient de cette ambitieuse qui rêvent d’une candidature à l’Elysée. Ils ne font rien pour l’aider et se contentent de veiller à leurs intérêts en défendant leurs troupes.

La gauche parisienne, quant à elle, progresse régulièrement depuis 2001. Au point qu’en 2012, lors de la présidentielle, la gauche a été majoritaire dans la capitale pour la première fois : 55,6% pour Hollande en mai 2012. Ensuite, Anne Hidalgo n’est pas si maladroite. Elle a réussi 1 à renouveler ses équipes sans trop de heurt, 2 à s’affranchir du bilan du gouvernement et notamment de sa politique fiscale, 3 à s’autonomiser par rapport à Bertrand Delanoë sans faire de drame, et ce n’était pas forcément le plus simple.

Alors, que peut faire NKM pour rebondir ? A moins de cent jours du premier tour tout n’est pas complètement perdu si elle arrive à inverser la mode du "NKM bashing", à contrer les dissidences qui menacent de se fédérer, à inventer un programme audacieux et surtout à enlever des parisiens l’idée qu’ils ont qu’au fond cette campagne n’est qu’une étape dans son ascension vers une future campagne présidentielle. NKM a longtemps cru que cette bataille parisienne, défaite ou victoire, lui servirait de tremplin pour 2017. Si elle n’inverse pas la tendance, ça risque plutôt d’être un tobbogan…

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