Peut-on s'interroger sur le cas d’Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, vilipendée parce qu’elle va passer quelques jours à Marrakech alors que les grèves persistent ?

Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire
Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire © AFP / ERIC FEFERBERG

Oui, quel curieux pays que la France, qui exige de ses politiques une austérité confinant au jansénisme dans leur vie privée mais refuse que ces derniers appliquent à la gestion des dépenses publiques la rigueur la plus élémentaire.

Le cas Elisabeth Borne est frappant. Car au fond qu’a-t-elle fait de mal en allant passer quelques jours à Marrakech avec – précisons-le - son argent ? On peut certes débattre du fait que la ministre qui supervise EDF s’absente alors que des coupures d’électricité – illégales et scandaleuses – sont opérées par des militants CGT, y compris dans les hôpitaux. Elisabeth Borne est aussi le ministre de tutelle du secrétaire d'État aux transports, or Emmanuel Macron a demandé à ses ministres concernés de rester sur le pont. Soit : ce débat là est légitime. Sauf, que dans cette non affaire, il y a plus. Quelque chose qui relève des passions tristes. Une névrose collective.

Une « névrose », ce n'est pas un peu fort ?

La France est un pays qui oscille en la monarchie républicaine, où persiste la légende des rois thaumaturges, et la méfiance envers l’exécutif, comme ce fut le cas durant la période de la Convention. On exige tout du monarque que l’on présume omnipotent, mais de temps en temps on veut lui couper la tête, et de manière plus sourde on souhaite qu’il se flagelle. 

Il faut vraiment avoir envie de faire de la politique aujourd’hui, tant celles et ceux qui s’y risquent doivent faire vœu de pauvreté et d’ennui. Les élus et gouvernants, disons le, ne sont pas bien payés. Je sais que je vais choquer, mais tant pis. Dix mille euros par mois pour un ministre, c’est beaucoup, et c’est peu, si l’on pense que des responsabilités bien moindres permettent d’avoir dans le privé des revenus doubles ou triples. Le pire étant sans doute pour les maires. Un maire de ville de plus de 100 000 habitants gagne moins de 5 000 euros par mois, alors qu’il est corvéable à merci, tous les jours toutes les nuits et week-ends s’il le faut. 

Doit-on s’aligner pour eux avec les rémunérations du privé ? Pas forcément. Mais comme le disait Cavanna, "Il faut mépriser l’argent, surtout la petite monnaie". Et pour attirer certains talents, il faut aussi y mettre le prix.

Il faut surtout abandonner cette idée absurde selon laquelle en imposant aux politiques un mode de vie de moine trappiste, le reste de la population s’en portera mieux.

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