Par Ava Djamshidi

De l'aveu même de Serge Dassault pourtant très à droite, François Hollande excellerait en matière d'exportations d'armement. Pour battre les records à l'export - 16 milliards d'euros l'année dernière, l'élément de base du président - c'est la patience. Un émissaire de l'équipe du négociateur me l'a dit très simplement : « On ne va pas voir les potentiels clients avec un catalogue d'armes sous le bras, en leur présentant l'addition. Ils n'aiment pas ça. »

La France commencera à livrer les 24 avions Rafales au Qatar en 2018.
La France commencera à livrer les 24 avions Rafales au Qatar en 2018. © MaxPPP / Patrick Blanchard

Les autorités qui achètent ce type d'équipements ont besoin de ne pas être traités comme de vulgaires acheteurs. Raison pour laquelle nos présidents font durer leurs déplacements dans les pays clients. Alors oui, ils n'ont qu'une idée en tête : décrocher le contrat. Mais ils soignent les formes.

Ils n'y arrivent pas tout le temps. Souvenez-vous en 2008, Nicolas Sarkozy s'était rendu en Inde pour une visite express de 37 heures. A New Delhi, les autorités avaient un peu avalé leur lassi de travers. Depuis, les négociations ont avancé. On est en 2016, François Hollande y est depuis dimanche. Il a récolté une promesse pour les 36 Rafales, mais rien qui ne sonne ni ne trébuche. Et pour ça, il va falloir encore un peu de... patience !

Et si le temps est si important, c'est d'abord, parce qu'il permet de tisser des relations personnelles entre les décideurs français et leurs homologues . Voilà ce que m'a dit un de ces négociateurs de l'ombre : « Le type ne va pas toper pour 4 milliards parce que vous êtes son copain. Mais par contre dans le processus de négociation, il se sentira à l'aise pour soulever les difficultés... et permettre à la négo d'aboutir. »

Cela implique de donner un peu de sa personne. Et pour ça, le président peut compter sur son fidèle Ministre de la Défense. Je vais vous raconter une anecdote.Avant la signature des 24 Rafales avec le Qatar, Jean-Yves Le Drian a effectué pas moins de dix déplacements dans cet émirat. Certains dans le plus grand secret . Et puis il y a eu ce week-end, où le ministre s'est rendu dans la ferme de son homologue, dans le désert. Imaginez-le en train de manger du bébé chameau rôti sous une tente. Eh bien c'est à l'issu de ce repas que le Qatarien lui a dit, après le thé : "on va les prendre, tes avions !"

Patience, déférence donc... et prudence. C'est pour cela que l'équipe française essaie de s'astreindre à une règle d'or : le silence. Pas d'annonce à la hâte. Pourquoi ? Et bien les émissaires citent en contre-exemple la « war room élyséenne » de Nicolas Sarkozy qui a annoncé de très nombreux contrats avant que les accords soient ficelés. Beaucoup de communication donc, et pas de résultat.

Pour Hollande, la com se fait toute seule, après coup, une fois que le contrat est décroché. Et c'est tout bénéf ! Parce qu'un président qui vend des avions de combat et des bombes, c'est un président qui créé de l'emploi et qui du même coup, affiche sa fermeté en matière de lutte contre le terrorisme.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.