Derrière le remaniement de la semaine dernière, il y a les leçons des législatives et des affaires Ferrand et du Modem.

Le deuxième gouvernement d'Edouard Philippe
Le deuxième gouvernement d'Edouard Philippe © AFP / Thomas Samson

Par Jannick Alimi.

Mais, c’est aussi le reflet d’un bras de fer souterrain entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe. On croyait pourtant que le couple filait le parfait amour mais on est très loin des crises qui ont éclaté entre Valéry Giscard d’Estaing et son premier Ministre Jacques Chirac en 1976 ou plus tard entre Mitterrand et Rocard. On n’est pas non plus dans le climat de tension quasi violent qui a très vite abîmé les relations entre Nicolas Sarkozy et François Fillon. Bref, Edouard Philippe ne vit pas encore ce qu’on appelle « l’Enfer de Matignon. » Mais comme me le confiait un membre de l’entourage du premier ministre : « Macron n’a pas encore eu le temps de se faire beaucoup d’ennemis mais il n’a pas non plus énormément d’amis. D’autant plus que lui, ex-ministre d’un gouvernement socialiste, s’est entouré, et à Matignon même, de personnalités venues de droite. Alors Macron verrouille et se sert de Philippe comme paratonnerre. »

Ce sont des relations somme toute normales entre un président et un premier ministre. Mais pour un quinquennat qui a à peine commencé, où tout est neuf et où les placards ne sont pas encore pleins de cadavres, c’est inédit.

Dès la nomination de Philippe à Matignon, Macron a joué le rapport de forces en voulant imposer à son premier ministre un directeur de cabinet, en l’occurrence Nicolas Revel avec qui Macron avait partagé les fonctions de secrétaire général adjoint de l’Elysée. L’œil de Moscou de l’Elysée à Matignon, en quelque sorte. Sauf qu’on ne la fait pas à Philippe qui voyant la manœuvre a eu le dernier mot et a pu nommer Benoît Ribadeau Dumas, un camarade de promo de l’ENA. Pendant les législatives, Philippe, en revanche, n’a pas eu le choix. En pleine affaire Ferrand, Macron lui a dit d’aller au charbon soutenir la campagne de plusieurs candidats LREM opposés le plus souvent à des candidats Les Républicains. Pervers, vous avez dit pervers.

Quand on voit Benjamin Griveaux, Julien Denormandie et Stéphane Travert, intégrer le gouvernement, on se dit Macron dont les trois hommes sont très proches, verrouille et place ses vigies autour de Philippe. En tout cas, c’est ainsi que semble l’avoir compris Philippe qui lui, « en même temps », fait rentrer à ses côtés quelques connaissances à lui comme Sébastien Lecornu, Jean-Baptiste Lemoyne et Nathalie Loiseau, et dans son propre cabinet Gilles Boyer, son ami, coauteur de deux polars, Juppéiste pur sucre comme lui et qui vient de perdre les législatives dans les Hauts de Seine face à un candidat La République En Marche. On le voit, pour Macron et Philippe, la politique c’est comme pour leurs aînés, des forces en présence. Mais pour le moment, ils sont conscients l’un et l’autre d’être aux commandes d’un virage voire d’une révolution politique. Et cela crée des liens. Malgré tout…

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.