juncker invite paris à ne plus se défausser sur l'euro
juncker invite paris à ne plus se défausser sur l'euro © reuters

La prochaine étape qui suit le vote européen d'hier: la désignation du président de la Commission européenne. Et, Or, on aurait un peu menti aux électeurs...

On peut vous le dire maintenant que le vote est passé : les responsables politiques ont peut-être un petit peu roulé les électeurs dans la farine pour rendre ce scrutin plus sexy, pour les inciter à venir voter.

Pendant cinq semaines, on a entendu que c'était les citoyens qui allaient, pour la première fois, choisir avec leur bulletin de vote le nouveau visage de l'Europe, le successeur de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. C'est un peu l'équivalent du Premier ministre en France.

Ecoutez ce clip de campagne, c'est beau comme une superproduction américaine :

**Sur le papier, c'est vrai** . C'est le traité de Lisbonne ratifié en 2009 qui prévoit cette petite révolution démocratique. Ce sont toujours les chefs d'Etat et de gouvernement des 28 Etats-membres qui choisissent le patron de la Commission, **mais la grande différence cette fois, c'est qu'ils sont censés « tenir compte », je cite le traité, du vote des citoyens.** C'est pour cela qu'on avait pour la première fois six candidats en compétition, dont l'Allemand Martin Schulz qu'on a vu dans tous les meetings du PS, et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker pour le PPE, qui a déjà revendiqué sa victoire hier soir. Or, cela ne va pas forcément se passer comme ça. Parce « tenir compte », ça ne veut pas dire « obliger ». Nuance. **Le risque, c'est que les dirigeants des 28 retombent dans leurs vieux travers et se mettent d'accord en catimini sur le dos des citoyens. D'ailleurs, ils vont se retrouver demain à Bruxelles pour en parler.** François Hollande, lui, est très clair : pas question de s'asseoir sur le vote des électeurs. Il l'a dit dans _Le Monde_ : c'est le peuple européen qui choisira.Sauf qu'il n'est pas tout seul, il y a Angela Merkel. Et la chancelière allemande, elle, considère que les 28 sont libres de sortir de leur chapeau un candidat mystère, surtout qu'aucune majorité claire n'est sortie du vote hier. Dans les couloirs de Bruxelles, un nom revenait ces derniers jours, qui pourrait mettre tout le monde d'accord : c'est une femme, une Française -ça convient à Paris-, de droite -ça convient à Berlin- : **Christine Lagarde, la patronne du FMI. Sauf qu'elle n'est pas officiellement candidate!** **Bref, cela promet une belle foire d'empoigne.** Au point que le grand Jacques Delors a tiré la sonnette d'alarme : « on ne va pas se payer une crise institutionnelle ! » **Or, c'est bien ce qui risque de se produire, parce que les chefs des partis au Parlement européen, eux, n'ont pas tout l'intention de se laisser tordre le bras par les dirigeants européens. Ils ont prévenu qu'ils ne voteront pas pour un candidat qui ne leur conviendrait pas, et ils menacent de tout bloquer au Parlement de Strasbourg** ! Bref, ça risque d'être le feuilleton de l'été. Avec un danger: que les électeurs se sentent un peu trahis, victimes d'un déni de démocratie, et que tout cela renforce encore l'image d'une Europe opaque et décidément bien éloignée des citoyens.
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