Par Renaud Dely

Marine le Pen dimanche soir à Hénin Beaumont
Marine le Pen dimanche soir à Hénin Beaumont © REUTERS/Yves Herman

Malgré les bons sondages de Marine Le Pen, en coulisses, au Front National, le moral n’est pas au beau fixe…

« Ca ne marche pas… » C’est ce qu’on entend quand on dresse l’oreille pour recueillir les confidences des cadres du Front National. Jean-Marie le Pen a répété pendant trente-cinq ans que cette fois, c’était sûr, il allait remporter la présidentielle ! Sa fille a entonné le même refrain en 2012, répétant qu’elle allait entrer à l’Elysée alors que les sondages ne lui accordaient aucune chance d’atteindre le second tour. Et là, c’est l’inverse. A onze mois du premier tour de la présidentielle, toutes les enquêtes d’opinion la qualifient aisément pour le tour final. La plupart lui accordent même la pole position au premier tour. Et pourtant, au FN, personne ne la voit gagner la présidentielle.

Et comment expliquez ce petit coup de déprime?

C’est d’abord le contre-effet du second tour des régionales. Voir la gauche voler au secours de Xavier Bertrand et même de Christian Estrosi, voilà qui a plombé le moral de Marine le Pen. « Elle a disparu pendant trois semaines et depuis, elle fait n’importe quoi… » confie un élu.

« N’importe quoi », c’est d’abord cette affiche prônant « la France apaisée ». Au FN, plusieurs dirigeants la jugent contre-productive : « Si elle a besoin de le clamer sur une affiche, c’est qu’elle n’incarne pas l’apaisement », déplore le même dirigeant. D’autres n’ont pas compris la gestion du cas Gollnisch, menacé d’être exclu du bureau politique puis finalement absous. Le refus des eurosceptiques britanniques du UKIP d’accueillir un coup de main du FN dans la campagne du « Brexit » a été aussi très mal vécu. « C’est la preuve que la dédiabolisation ne peut pas marcher tant que Marine Le Pen s’appelle… Le Pen », glisse un élu… Et la défaite du candidat d’extrême droite Norbert Hofer en Autriche, malgré ses quinze points d‘avance au premier tour, leur a porté le coup de grâce : « Si même en Autriche l’extrême droite ne peut pas gagné, c’est foutu … », soupirait un cadre frontiste cette semaine.

Avec des thèmes comme la menace terroriste ou la crise des réfugiés, les dirigeants du FN pensent qu’ils ont quand même pas mal de grain à moudre pour la présidentielle… non ?

Oui, bien sûr. Surtout que le Front national peut compter sur ses « idiots utiles », à commencer par les casseurs. Je peux vous dire que la semaine dernière, en voyant s’embraser une voiture de policiers, c’était champagne au siège du FN … « Deux points de plus pour Marine… », jubilait un élu. Et pourtant, il est un autre problème qui soucie les responsables lepénistes, c’est la question sociale. Vous avez remarqué Eric, à mesure que la contestation de la loi El Khomri persiste, que les blocages de raffineries, de dépôts d’essence ou les grèves de transports se multiplient, hé bien le FN ne sait plus où donner de la tête.. Il se tait, parce qu’ force de vouloir flatter tous les mécontents, il est incapable de choisir son camp.

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