Par Benjamin Sportouch, journaliste politique au magazine L'Express

marine le pen pour une dissolution de l'assemblée nationale
marine le pen pour une dissolution de l'assemblée nationale © reuters

Le Premier ministre a entamé les consultations sur la réforme fiscale. Mais tous les partis ne seront pas reçus. En effet, seuls les groupes parlementaires seront reçus par le Premier ministre. Et donc le Front national, qui ne compte que trois élus, ne franchira pas le seuil de Matignon . Cette décision n’est pas très cohérente parce qu’à géométrie variable. Marine Le Pen avait ainsi été reçue en juillet par Laurent Fabius. A la demande de la présidente du Front national certes, mais le ministre des Affaires étrangères a préféré lui donner audience plutôt que de la laisser se victimiser devant les caméras. En novembre 2012, c’est François Hollande lui-même qui recevait à l’Elysée Marine Le Pen. Le Chef de l’Etat était alors en pleines consultations à propos des propositions de la commission Jospin sur la rénovation et la déontologie de la vie publique. Un sujet pas moins anodin que la fiscalité !

Et cela tombe bien pour le Front national qui recherche une respectabilité.

C’est le risque et il ne faut pas le minimiser, mais c’est aussi l’occasion de mettre à l’épreuve les propositions du Front national sur le terrain miné des grandes réformes nécessaires au pays et d'en démontrer l'inanié.

Le parti de Marine Le Pen bénéficie aujourd’hui d’une virginité politique qui le rend d’autant plus difficile à combattre. L’inexpérience devient un brevet de sagesse.

Beaucoup d’électeurs sont prêts à voter pour le FN aux prochaines élections au prétexte qu’ils n’ont plus rien à attendre des autres formations politiques et qu’il faut laisser sa «chance » -je ne fais là que rapporter ce qu’on entend fréquemment- à un «nouveau parti » qui n’en a pourtant que l’apparence. Des Français qui ne veulent pas de la sortie de l’euro pourraient ainsi accorder leur suffrage au FN qui défend au contraire l’abandon de la monnaie unique.

C’est un choix quasiment irrationnel car parler dans le vide, s’échiner à convaincre des électeurs emmurés : c’est bien ce qui inquiète aujourd’hui les adversaires du Front national. Pour autant, l’exclure du jeu politique ne suffit plus à endiguer sa poussée. Dans une enquête publiée dans le Journal du Dimanche le 17 novembre, 37% des sondés estimaient que le FN ne ferait ni mieux ni moins bien que l’exécutif actuel s’il était au pouvoir.

Une preuve supplémentaire, s’il en fallait, d’une banalisation du FN. Il y a bien eu des expériences municipales qui se sont mal terminées, mais elles sont trop lointaines pour être parlantes. Aux yeux des jeunes notamment, de plus en plus séduits par les illusions frontistes.

Alors que faire ? Face à l’irrationnel, en appeler à la raison. Encore et toujours.

Eclairer les consciences est un chemin de plus en plus escarpé. Mais le seul qui vaille pour sortir Marine Le Pen de cet habit de blanche colombe qu’elle entretient à dessein. Jean-Marc Ayrault aurait donc intérêt à élargir le cercle des invités aux partis représentés à la dernière présidentielle. Quitte à perdre un peu de son temps avec un Jacques Cheminade pour pouvoir entendre une Marine Le Pen. Ce ne serait pas un renoncement, mais le signe, au contraire, que sur le terrain des idées, rien n’est jamais perdu.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.