La campagne des régionales ne passionne pas vraiment, après les attentats du 13 novembre. Pourtant, il y a une astuce pour réveiller les esprits au sein de la droite.

Pour mettre de l’ambiance parmi les cadres ou les candidats aux régionales du parti Les Républicains, ces temps-ci, je vous conseille juste de lâcher un nom, celui d’Alain Juppé. Effet garanti… Aussitôt, vous entendrez voler bas des noms d’oiseaux : « lâche », « planqué », ou même « traître », « un traître qui devra, le moment venu, rendre des comptes ».

Alain Juppé
Alain Juppé © Ugo Amez/SIPA

Pourquoi tant de haine ? Parce que « nous sommes en guerre », vous le savez bien, tout le monde, à gauche, à droite, nous le répète. Et en tant de guerre, celui qui tient un discours modéré, raisonnable, apaisant, eh bien, il agace, il énerve, il exaspère. Surtout lorsque celui-ci est un élu de droite qui, au nom de « l’unité nationale », s’applique à soutenir les efforts d’un président de gauche, enfin… de François Hollande.

La semaine dernière, au lendemain du Congrès, Alain Juppé avait salué sans réserve le « très bon discours » du Président. Depuis, pire encore, il a jugé que la droite avait « sans doute eu tort de supprimer » des postes de policiers sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. «Tout n’était pas parfait avant 2012, tout n’était pas catastrophique après 2012 » a même osé Juppé. Vous imaginez la tête de Nicolas Sarkozy ?

L’ancien Président est un peu chafouin. Enfin, pour être plus précis, rue de Vaugirard, Sarkozy ne décolère pas. Il tempête contre l’ingratitude de Juppé qui« a sans doute oublié qu’il a été mon ministre » ! Et qui plus est ministre de la Défense, c’est-à-dire en charge des effectifs de gendarmes passés en cinq ans de 102 000 à 96 000 personnes. « A son âge, Juppé commence à avoir des problèmes de mémoire, c’est normal » , ricane un proche de Sarkozy.

Un autre, député d’Ile-de France, juge que le concept « d’identité heureuse » de Juppé, a « explosé en vol depuis le 13 novembre » .

Le même explique : « Juppé, c’est un vieux techno sur lequel s’est ajoutée une couche de bobo depuis qu’il est maire de Bordeaux. Mais la France, ce n’est pas une ville de bourgeois où l’on boit du bon vin ».

Et un troisième, candidat aux régionales dans le Sud de la France, répète que « Juppé est à contre-temps. Il ne comprend pas que la société s’est droitisée. Son logiciel est périmé. Il est dans une nasse et n’a plus aucune marge de manœuvre » .

Bref, à écouter les supporters de Sarkozy, pas de souci, pas d’inquiétude, leur champion gagnera haut-la-main la primaire de la droite dans un an. D’ailleurs, l’un de ses fidèles vous l’assure, les yeux dans les yeux : « Nicolas est très tranquille, tout à fait serein ». Sans blague ?

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