Le mouvement des « gilets jaunes » met le gouvernement en grandes difficultés, mais rien ne dit qu’il profitera aux autres formations politiques. Pourtant, à droite comme à gauche, on se démultiplie pour tenter de le récupérer...

« Récupérer ou ne pas récupérer ». Telle est bien la question qui taraude depuis quelques temps tous les opposants à Emmanuel Macron. Certes, aucun des leaders n’ose franchement s’afficher avec les Gilets Jaunes, au moins lors des grands rassemblements.  Mais malgré tout il y a ceux qui y vont franco: à commencer par Marine Le Pen qui soutient très officiellement le mouvement ou Nicolas Dupont-Aignan qui n’apparaît plus à la télévision qu’avec un chasuble jaune. Laurent Wauquiez à peine plus discret que ses rivaux de droite. Et puis il y a ceux qui voudraient bien récupérer mais qui osent moins. Les Insoumis surtout, un peu gênés d’apparaître trop ouvertement auprès de la droite et de l’extrême droite mais qui escomptent bien tirer eux aussi les marrons du feu de la contestation. 

"Le monde entier regarde la France des Insoumissions et des révolutions de retour dans la rue" a ainsi tweeté hier Jean-Luc Mélenchon, comme si les Gilets jaunes se ralliaient à lui. La réalité est que Mélenchon, Le Pen, Wauquiez et les autres courent derrière un mouvement qu’ils n’ont pas vu venir et qui, pour certains, contredit même leurs engagements de campagne.  Ce mouvement serait donc politiquement insaisissable? En tout cas, pour l’instant les tentatives de récupération ne semblent guère fonctionner. Hier par exemple, un appel à une nouvelle manifestation le premier décembre, a été aussitôt démenti par le leader des Gilets Jaunes de Toulouse qui a dénoncé au passage une tentative de manipulation. Par sa nature très hétéroclite, par son organisation pour le moins déstructurée, par l’utilisation des réseaux sociaux aussi. Les Gilets Jaunes échappent en fait à toutes les formations politiques. Et il me semble même que si les manifestants ont, bien sûr, le gouvernement dans leur ligne de mire, leur rejet des autres partis n’est guère moins important. Les tentatives de récupération sont donc vaines? A tant courir derrière, Le Pen, Mélenchon, Wauquiez ou Dupont-Aignan vont bien finir par rattraper certains Gilets Jaunes. 

Mais au-delà du petit jeu de la récupération, pas très glorieux mais finalement classique, il est à souhaiter que cette colère, ces colères populaires puissent trouver une traduction politique, démocratique. Pour l’instant, les Gilets Jaunes n’ont pas eu besoin de porte-voix pour se faire entendre. Mais il n’est pas dit – surtout après les violences de samedi et l’intrusion de groupes de casseurs parmi les manifestants– que cette situation puisse durer très longtemps.

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