C’est un livre politique très fort. Mais il faut commencer par dire que c’est un livre bouleversant. L’auteur, Riss, est journaliste, dessinateur, et patron de Charlie Hebdo.

Laurent Sourisseau alias Riss, directeur de publication de Charlie Hebdo
Laurent Sourisseau alias Riss, directeur de publication de Charlie Hebdo © AFP / JOEL SAGET

Riss raconte donc l’attentat. Les coups de feu, la balle qu’il prend dans l’épaule. Les gémissements de ses amis, le souffle retenu pour ne pas être achevé par les tueurs. Et cette scène suffocante de « l’après », quand il sort de la pièce, ne regarde pas ses amis morts pour ne pas les voir ainsi. Et malgré tout, un corps devant lui.

C’était un copain de 25 ans. Pour atteindre la sortie, je n’avais pas d’autre solution que de l’enjamber. Aidé par le pompier, je me résolus à ce geste qui me fit honte. Je te demande mille fois pardon, mon vieux, mais je ne pouvais pas faire autrement.

J’ai pleuré comme une madeleine en lisant ce livre, et je suis encore ému en le lisant pour la dixième fois. Il m’a fait rire aussi, parce que Riss est un Charlie et que les Charlie sont comme ça, ils rigolent quand même.

Un livre émouvant et... politique

C’est un brûlot politique. On y trouve certes le récit de l’attentat, de sa vie, des portraits de Cabu, de Charb, de Wolinski et des autres, mais tout cela est entremêlé d’un message rageur. C’est un manifeste contre les terroristes islamistes qui ont voulu faire taire Charlie. 

Mais surtout contre ceux qu'il nomme les "Collabos". Je cite Riss : "ceux qui ne veulent pas, ou plus, 'être Charlie'", ceux qui oublient, et ceux qu'il nomme par catégorie : "les musulmans réactionnaires, les trotsko-staliniens, les lâches, les adeptes de la laïcité apaisée, les délateurs de l'islamophobie".

J'ai cette impression à le lire que le combat de Charlie pour la liberté, payé avec le prix du sang, est sinon compromis, du moins pas encore gagné. Dans la longue interview que Riss a donné au Point, il dit ceci : "si on republiait les caricatures aujourd'hui, on serait à nouveau seuls. L'attentat n'a pas rendu les gens plus courageux, au contraire."

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