Par Benjamin Sportouch, journaliste au service politique du magazine L'Express

La rentrée de l’UMP se fait en ordre dispersé. Ca pourrait presque arranger les affaires d’un Nicolas Sarkozy sur le retour. Or, au contraire, les choses seraient plutôt en train de se compliquer pour l'ancien Président.

le retour de nicolas sarkozy, une stratégie du quitte ou double
le retour de nicolas sarkozy, une stratégie du quitte ou double © reuters

Pour la première fois cette année il n’y aura pas de journées parlementaires de l’UMP en province comme cela est la tradition. Faute d’argent, elles sont rapatriées à l’Assemblée nationale fin septembre. Et elles viendront clore une rentrée complètement éparpillée. Le jeune Laurent Wauquiez a pris tout le monde de court dès le 18 août ; dimanche c’était au tour de Jean-François Copé avec une grande démonstration de force et cette semaine François Fillon tiendra le haut de l’affiche.

Il y a un point commun entre ces trois personnalités de droite : la prise de distance vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Voilà Jean-François Copé qui se rallie désormais à l’idée d’un inventaire du dernier quinquennat, même s’il réfute le terme.

- Alors qu’il y a tout juste un an, le même Copé, se posait en rempart de Nicolas Sarkozy :

Je le dis très clairement à tous ceux qui voudraient remettre en cause son action: ils me trouveront sur leur route pour défendre son bilan et sa personnalité

Les temps ont changé. Dimanche, Jean-François Copé a pris le large. Et s’il a cité le nom de l’ancien chef de l’Etat dans un discours de près d’une heure, c’était pour rappeler combien il a coûté à l’UMP. On l’écoute.

Et lorsque le conseil constitutionnel a décidé, hélas, d’invalider les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy le 4 juillet dernier, lorsque j’ai décidé de lancer une grande souscription nationale pour surmonter cet obstacle financier, les Français ont répondu massivement à l’appel.

Nicolas Sarkozy à l’origine d’un « obstacle financier ». C’est si je puis dire le seul hommage qui lui a été rendu.

- Cet éparpillement à l'UMP et cette affirmation des ambitions, est-ce que cela peut servir Nicolas Sarkozy dans l'hypothèse de son retour ?

L’ancien président en est convaincu: plus la guerre des égos sévira plus il apparaîtra comme un recours indiscutable. Et il compte notamment sur la Sarkostalgie entretenue par l’association de ses amis pour maintenir la flamme. L’association fera d’ailleurs sa rentrée dimanche à Arcachon. Mais franchement, entre Brice Hortefeux, Nadine Morano ou Geoffroy Didier ce sont surtout des hommes et des femmes dont l’avenir politique est très dépendant de celui de leur champion qui sont à la manœuvre. Les grosses pointures, les vrais ambitieux pour 2017 restent en retrait.

- Cela dit, l’ancien président garde tout de même un grand nombre de soutiens chez les militants

Certes, il a encore beaucoup de fans, mais il n’y a pas que des sarkolâtres et beaucoup de militants veulent aussi tourner la page. Qu’il le veuille ou non, Nicolas Sarkozy est marqué du sceau de la défaite. Et puis sa popularité est pour beaucoup toujours due à l’absence d’un leadership clair. La nature – politique- aussi a horreur du vide tout comme du trop plein. C’est plutôt de cela dont il bénéficie aujourd’hui.

Mais Nicolas Sarkozy a sous-estimé l’importance des primaires qui auront lieu en 2016 et la manière dont elle redistribue les cartes. On l’a vu avec les primaires socialistes: elles encouragent les ambitions. Ce qui ne facilite pas un come-back car les allégeances d’aujourd’hui ne sont plus une évidence demain. Y compris pour un ancien chef de l’Etat aujourd’hui haut dans les sondages.

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