Je voudrais faire ce matin un point sur la circulation. Car il va encore y avoir du monde sur les routes en ce dernier week-end avant la rentrée scolaire. Je vais donc vous parler de l’ultime chassé-croisé de cette fin du mois d’août, un chassé-croisé entre deux processions, l’une qui se rend sur la côte Atlantique, à l’université d’été du parti socialiste, réunie à La Rochelle, pendant que l’autre revient en région parisienne à Jouy-en-Josas, de l’université d’été du Medef qui s’est ouverte hier.

Il s’agit de deux processions gouvernementales dont la comparaison se solde par un score sans appel : 20 à 5 !

En l’occurrence, 20 pour La Rochelle contre 5 pour Jouy-en-Josas ! Quant au score, il s’agit du nombre de ministres qui seront présents à chacun des deux rassemblements. Ils ne seront donc que 5 à faire un bref passage au Medef alors qu’ils seront tous là, ou presque, une vingtaine, à parader à La Rochelle. Dont tous les poids lourds de l’équipe Valls: Christiane Taubira, Bernard Cazeneuve, Najat Vallaud-Belkacem ou encore Marisol Touraine. Et c’est le Premier ministre en personne qui clôturera les festivités dimanche.

Alors je sais ce que vous allez me dire…

C’est normal que les ministres de gauche aillent plutôt à l’université d’été du PS qu’au Medef. En tout cas, c’est ce qui se dit… Sauf que ça n’a pas toujours été le cas. Depuis le début du quinquennat de François Hollande, les membres du gouvernement s’affichaient beaucoup plus volontiers au Medef. Songez qu’en 2012, ils furent carrément une douzaine à faire le pèlerinage patronal. Avec en tête de cortège, Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre de l’époque. C’était la première fois qu’un chef du gouvernement en exercice participait à ce rassemblement et Jean-Marc Ayrault était venu témoigner, je le cite, d’un « esprit d’ouverture et de confiance ». Même le turbulent Arnaud Montebourg avait fait le déplacement cette année-là.

Et l’année dernière encore, Manuel Valls s’était défendu d’une véritable déclaration d’amour aux patrons. « J’aime l’entreprise !» avait-il clamé à la tribune avec des trémolos dans la voix, au moment où il virait de son gouvernement le même Montebourg coupable de dissidence. Pierre Gattaz en avait eu la larme à l’œil;

Le temps des mamours aux patrons n'est pas pour autant terminé. Rassurez-vous, l’idylle persiste. Manuel Valls a publié une tribune dans Les Echos il y a deux jours pour les rassurer sur la continuité du cap économique du gouvernement. Et Pierre Gattaz a confié le même jour à quelques journalistes tout le bien qu’il pensait de la politique de Bercy économique. Il a même trouvé « formidable » que François Hollande promette de prochaines baisses d’impôt.

Alors pourquoi quatre fois moins de ministres au Medef qu’au PS ce week-end ? Parce que les élections approchent. Tout simplement… Les régionales, c’est dans un peu plus de trois mois, et elles s’annoncent délicates. Il y a urgence pour Hollande et Valls à essayer de reparler aux électeurs de gauche, à tenter de rassurer les écologistes, et de recoller les morceaux d’une majorité éclatée. D’où l’opération, décrétée au sommet, à l’Elysée et qu’on pourrait baptiser : « Tous sur le pont ! »… de l’île de Ré évidemment.

Il n’y a guère que le malheureux Emmanuel Macron à être privé de La Rochelle et à être collé chez les patrons. Au piquet le jeune ministre « social-libéral » passe pour un véritable épouvantail à électeurs ! En laissant entendre qu’ils le verraient bien succéder à Rebsamen au Travail, les dirigeants du Medef ont d’ailleurs fini de plomber la cote de Macron au PS. De toute façon, l’intéressé ne cache pas qu’il préfère largement l’air des Yvelines à celui-de la Charente-Maritime. Il faut dire qu’il y sera beaucoup mieux reçu qu’au Medef...

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