On ne l’avait pas entendu depuis plusieurs semaines, mais le moins que l’on puisse dire c'est qu’Edouard Philippe a fait, hier, une rentrée tonitruante, avec ce long entretien au JDD et une série d’annonces chocs pour le prochain budget…

Le premier ministre Edouard Philippe
Le premier ministre Edouard Philippe © AFP / MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY

Par Eric Decouty.

Un peu par surprise, Edouard Philippe a sonné hier le tocsin de la rentrée politique. Une rentrée en fanfare qui a d’ailleurs dû faire bourdonner les oreilles de nombreux  retraités à qui un effort financier est une nouvelle fois demandé. 

Mais ce qui m’a le plus surpris, dans la longue interview donné au Journal du Dimanche par le Premier ministre, c’est l’absence de toute commentaire politique pour l’accompagner. Défiscalisation des heures supplémentaires, faibles revalorisations de certaines prestations sociales, priorité donnée au travail : des mesures chocs ont été présentées. Mais au-delà de ces annonces - sur lesquelles, l’opposition et les commentateurs se sont justement focalisés - ce propos m’a semblé davantage correspondre celui du directeur financier d’une grande entreprise qu’à celui d’un Premier ministre.  En résumé, c’est un discours purement technique, je dirais même technocratique qu’a délivré, hier Edouard Philipe sans dessiner le poindre horizon, sans tracer la moindre ligne politique.  

Un partage des rôles avec le chef de l’Etat ? On pourrait y penser : la tambouille pour le chef du gouvernement et les grandes envolées pour le Président. Sauf, que là, la situation me semble plus complexe. En choisissant de ne pas parler vraiment de politique, c’est un peu comme si Edouard Philippe avait voulu effacer l’été très délicat, c’est un euphémisme, d’Emmanuel Macron, un été marqué par les affaires Benalla et Nyssen. Faire au fond comme si tout ça n’existait plus, n’existait pas, et que la politique était avant tout une histoire économique et comptable. Or la politique ne peut être résumée à une litanie de chiffres et à une succession de lignes budgétaires aussi importantes fussent-elle. 

Qu’il le veuille ou non Edouard Philippe n’est ni un directeur financier, ni même le ministre de l’économie, il est bien le chef du gouvernement de la France. Ce qui signifie qu’Emmanuel Macron va devoir rapidement prendre la parole. Et pour plusieurs raisons. D’abord parce que les Français ne peuvent se contenter d’un discours technocratique, surtout quand on demande des efforts à la plupart d’entre-eux et notamment aux moins favorisés.Ensuite pour donner de la lisibilité, un sens politique aux annonces qui ont été faites hier… Mais aussi parce que cette interview de rentrée n’a nullement permis de tourner la page de cet été pourri. Les affaires sont toujours là, le macronisme flamboyant de l’année dernière semble bien loin, et les annonces d’hier ne sont pas faites pour le restaurer.

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