Parlera, parlera pas ? Le malaise grandit à gauche à propos du silence, de Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon © AFP / bertrand GUAY

Par Renaud Dély.

Le leader de la France Insoumise n’a toujours pas dit ce que sera son vote du second tour. Il y a quinze ans, il n’avait eu aucun mal à appeler à voter Chirac contre Jean-Marie Le Pen. Cette année, le vote Macron lui pèse sur l’estomac. Surtout, dimanche soir, Mélenchon a carrément renvoyé dos-à-dos Macron et Le Pen sans une critique à l’endroit de la candidate d’extrême droite. Alors que va-t-il faire ? Hier matin, son entourage laissait entendre qu’il ne se prononcerait pas avant le 7 mai. Hier soir, d’autres annonçaient une prochaine prise de parole.

Bref, le Front National est aux portes du pouvoir et on n’en finit pas de soupeser les états d’âme de Jean-Luc Mélenchon. Pour ce qui est des fameux 450 000 Insoumis le verdict a été repoussé à mardi, date à laquelle on saura donc dans quelles proportions ces militants s’abstiennent, votent blanc ou choisissent Macron, le vote Le Pen étant une option exclue. Mais pour ce qui est de Mélenchon lui-même, donc, nul ne sait s’il dévoilera son choix personnel.

Et ce comportement a troublé certains de ses partisans, et ce dès dimanche soir. L’un des dirigeants de la France Insoumise raconte qu’au moment où il se rendait sur un plateau de télé, peu après 20 heures, il a reçu un coup de fil comminatoire de Mélenchon qui lui a dit : « Tu ne reconnais pas les résultats, c’est trop tôt, on est sûr de rien ! » Le dirigeant en question a été assez interloqué. Toutes les estimations accordaient certes un très beau score à Mélenchon mais seulement la quatrième, voire au mieux la troisième place. Aucun institut ne lui laissait entrevoir la possibilité de se qualifier pour le second tour. Et pourtant, l’intéressé ne voulait pas en démordre. « Jean-Luc était tellement déçu qu’il a eu du mal à admettre la défaite… », confesse un de ses proches.

Plusieurs de ses soutiens ont été décontenancés par son silence sur le FN dimanche soir. L’un d’eux, le porte-parole Alexis Corbière, fait désormais le tour des plateaux télés pour répéter : « Pas une voix pour Le Pen !». Certes, il n’appelle pas à voter Macron mais il confie volontiers qu’à titre personnel, il le fera. Et il précise que si les sondages se resserrent, si le danger Le Pen se précise, il sortira du silence dans les jours qui viennent pour appeler à voter Macron.

Que va faire Jean-Luc Mélenchon du très beau score - 19% des voix - qu’il a recueilli ? Justement, c’est ce qui inquiète certains de ses soutiens. En se taisant, en refusant d’appeler à battre Marine Le Pen, et même en se gardant bien de critiquer la candidate d’extrême droite, Jean-Luc Mélenchon déçoit certains des électeurs socialistes qui l’avaient rejoint. « Nous étions devenus le vote utile à gauche pour les socialistes qui désespéraient de Benoît Hamon, explique un élu. Si Jean-Luc n’appelle pas à battre le Pen, ces électeurs vont retourner vers le PS dès les législatives ». C’est le danger qu’a mesuré le patron du PCF, Pierre Laurent. Il a adopté, lui, une position farouchement anti-FN. S’il entend faire fructifier son succès, et conforter son leadership à gauche sur un PS vidé de sa substance, beaucoup pensent que Mélenchon serait bien inspiré de s’attaquer à Le Pen. Seulement voilà, certains doutent de sa volonté de préparer l’avenir. « Jean-Luc a une vision tragique de l’Histoire, il a raté son coup, la suite ne l’intéresse plus… », confie l’un d’eux. Bref, comme disait de Gaulle, "c’était moi ou le chaos" ou, mieux encore, "après moi le déluge"…

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