2017 sera une année présidentielle dont Marine Le Pen sera l’une des actrices principales.

Marine Le Pen, 13 décembre 2015, Hénin-Beaumont.
Marine Le Pen, 13 décembre 2015, Hénin-Beaumont. © Maxppp / OLIVIER HOSLET/EPA/

Par Michel Feltin.

Je voudrais vous raconter une scène à laquelle j’ai assisté voilà quelques semaines. Une scène banale en apparence, mais qui me paraît extrêmement révélatrice du travail de dé-diabolisation entamé par le parti de Marine Le Pen ces dernières années.

Il s'agit de la fête de la Sainte Barbe, qui s’est déroulée comme tous les ans le 4 décembre à Hénin-Beaumont. Sainte Barbe est la patronne des pompiers, mais aussi celle des mineurs. Et les mineurs, ce n’est pas rien à Hénin-Beaumont, cette commune située au cœur du bassin minier du Pas-de-Calais. Le dernier puits y a fermé en 1970, mais, pour de nombreuses familles, cette journée continue de symboliser l’esprit de la ville.

La mairie d’Hénin-Beaumont a été conquise en 2014 par le Front national, et plus précisément par Steeve Briois, un enfant du Nord, petit-fils de mineur lui-même, très présent sur le terrain et très proche de Marine Le Pen. C'est aussi là que la présidente du Front national s'est présentée aux législatives en 2012. C'est de là encore qu'elle a cherché à conquérir la région du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie en décembre 2015 avant d’échouer face à Xavier Bertrand.

Alors compte tenu de ce contexte, on pourrait s’attendre à ce qu’Hénin-Beaumont fasse figure de symbole pour les adversaires du Front National, comme cela avait été le cas, de Toulon, la première grande ville conquise par le FN en 1995.

Ici, ce n’est pas le cas du tout, au contraire. Le jour de la fête de la Sainte Barbe, toute la ville ou presque est de sortie. Une statue de la sainte est portée en procession à travers les rues, avec en tête de cortège Marine Le Pen et Steeve Briois. Puisqu'il s'agit d'une fête religieuse, la population se réunit d'abord dans une salle paroissiale, en présence d'un prêtre. On récite un Notre-Père, on lit des textes de Charles Péguy et de Victor Hugo, on chante des chansons traditionnelles du Nord. Puis on quitte l'église pour se rendre à la mairie où la municipalité offre un vin d'honneur.

A l’hôtel de ville, Steeve Briois prononce un discours. On chante de nouveau, on trinque, on discute. Il y a là des électeurs lepénistes, bien sûr, mais aussi des électeurs socialistes et des électeurs de la droite modérée. Tout cela est convivial et bon enfant. On se croirait dans le Sud-Ouest avec un maire radical de gauche ou en Bretagne avec un élu démocrate-chrétien. Le fait qu'ici, le maire soit Front national ne semble poser de problèmes à personne.

Faut-il y voir une scène annonciatrice du succès de Marine Le Pen à la présidentielle ?

Peut-être pas. Hénin-Beaumont n'est pas la France, évidemment, mais si je vous raconte cette scène aujourd'hui, c'est qu'elle me semble révélatrice de ce qu’il se passe dans les tréfonds du pays. Elle montre qu’une bonne partie du peuple a définitivement rompu avec les discours horrifiés de certains intellectuels et de certains journalistes à propos du Front national.

Les habitants de la France périphérique, comme on l'appelle, sont excédés par les échecs successifs des gouvernements de droite et de gauche contre le chômage. Ils doutent des bienfaits supposés de l’Union européenne et de la mondialisation. Ils n’acceptent plus d'être moralement condamnés quand ils se tournent vers un parti qui leur donne, à tort ou à raison, l'impression d'être le seul à comprendre leurs difficultés. Surtout quand ces condamnations sont émises par un Parti socialiste dont les derniers représentants locaux ont été impliqués dans des affaires de corruption et de détournement de fonds publics.

Alors, il faut rester prudent quant aux prévisions électorales les derniers mois l’ont montré _ mais ce que je crois profondément, c’est qu’une scène comme la fête de la Sainte Barbe à Hénin-Beaumont, par son caractère ordinaire, peut nous aider à comprendre ce qu'il va se passer lors de la présidentielle de 2017.

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