Les rumeurs de changement de premier ministre viennent surtout de ceux qui veulent le remplacer : est-ce une bonne stratégie pour entrer à Matignon ?

jean-marc ayrault, premier ministre socialiste le plus impopulaire de la ve république
jean-marc ayrault, premier ministre socialiste le plus impopulaire de la ve république © reuters

En réalité, il y a plusieurs stratégies pour un politique qui veut entrer à Matignon. La première, la plus utilisée, est celle du rapport de force. L’homme politique tente un bras de fer avec celui qui a le pouvoir de nomination. Ce bras de fer se joue essentiellement dans les médias. Pour l’impétrant, il s’agit de convaincre la presse qu’il est le meilleur pour le poste.

C’est la stratégie que tente en ce moment Claude Bartolone. A coup de confidences distillées dans les médias, le président de l’Assemblée nationale se positionne comme celui qui peut aider le président de la République à rebondir. En parallèle, ses amis se relaient dans les médias pour vanter ses mérites.

Le dernier en date, c’était Bernard Tapie, dimanche sur Europe 1 :

Faire pression comme de la sorte n'est pas une si bonne idée. A moins que ce ne soit fait en accord avec le Président pour lui permettre d’avoir une alternative, le chef de l’Etat aime rarement qu’on lui force la main.

Cette stratégie a été tentée par Nicolas Sarkozy de 2002 à 2007 pour contraindre Jacques Chirac à le nommer à Matignon. En se présentant comme l’homme indispensable de la campagne présidentielle, en 2002, puis comme l’homme le plus populaire du gouvernement, en 2005, il se croyait incontournable.

Résultat: le Président l’a contourné et a nommé quelqu’un d’autre.

Mieux vaut donc tenter autre chose si on veut entrer à Matignon. Il y a une technique qui fonctionne beaucoup en ce moment. C’est d’envoyer des émissaires à l’Elysée.

On sait que François Hollande consulte ses ministres, des élus, des proches, des amis, le soir ou le week-end. Certains font passer des messages, appuient la candidature de l’un, poussent un autre. Le problème c’est que le Président est généralement assez peu dupe de la manœuvre ! Un conseil cache toujours un intérêt et ce n’est pas forcément celui du Président mais celui du conseilleur !

Récemment un député est venu plaider la cause de Jean-Yves Le Drian. Pourquoi pas ? Mais en fait, c’est parce qu’en tant que président de région, il espère que son ancien collège de la région Bretagne, devenu chef du gouvernement, le nommera ministre.

Si le rapport de force ou les émissaires ne sont pas des bonnes idées, ce qui marche pour figurer sur la liste du futur Premier ministre, c'est l a discrétion ou la blitzkrieg. L’offensive éclair, c’est la stratégie la plus risquée, mais celle qui paye le mieux. Dominique de Villepin a réussi un coup de maître en 2005. Jacques Chirac allait nommer Michèle Alliot-Marie, tout était prêt. Mais Villepin débarque à l’Elysée, retourne le chef de l’Etat et arrive à le convaincre de le nommer à Matignon !

Evidemment, tout le monde n’a pas le culot de l’ancien ministre des Affaires Etrangères. C’est pour ça que la discrétion reste la meilleure arme pour celui ou celle qui veut prendre la rue de Varenne. Mais il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille que de demander à un politique d’être discret.

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