Dans les coulisses du PS, certains se demandent si Jean-Luc Mélenchon n'a pas tendu un redoutable piège à leur candidat Benoît Hamon.

Jean-Luc Mélenchon candidat (La France Insoumise) à l'élection présidentielle le 24 février 2017
Jean-Luc Mélenchon candidat (La France Insoumise) à l'élection présidentielle le 24 février 2017 © Maxppp / Vincent Isore

Par Nathalie Schuck.

Parce qu'il aura fallu un mois: une éternité en pleine campagne présidentielle, pour que Benoît Hamon mette enfin un terme, comme il l'a fait hier soir sur TF1, à cet interminable feuilleton à l'eau de rose avec Jean-Luc Mélenchon. Un mois à se demander si Jean-Luc allait dire oui à Benoît. S'ils allaient enfin sceller leur union après leur petit dîner de vendredi dans un restaurant chilien. Du coup, au PS, certains se demandent si Hamon ne s'est pas fait balader « comme un bleu », par Mélenchon qui, tel un gros chat jouant avec une souris, l'a enfermé dans d'interminables discussions de boutique, l'empêchant ainsi de s'adresser à tous les Français.

Objectif de Mélenchon, selon les mêmes: casser la belle dynamique du candidat Hamon pour mieux liquider le PS, ce « corbillard ». Un ténor du PS, très inquiet, me confiait ce week-end: « Mélenchon a piégé Hamon pour qu'il décroche dans les sondages et que les socialistes le lâchent. On s'est laissé engluer dans cette connerie, pendant que Macron travaillait, lui, à un vrai rassemblement ».

Benoît Hamon était-il conscient du risque? C'est toute la question. Beaucoup de gens se sont relayés pour le mettre en garde. Sans succès. Du coup, certains socialistes, notamment des proches de Manuels Valls, commencent à se poser des questions : est-ce que Benoît Hamon veut vraiment devenir président de la République? Ou est-ce qu'il a d'autres projets en tête?

Voilà ce que me confiait un élu PS en off : « Inconsciemment, Benoît n'a pas tranché s'il joue la présidentielle à 300% ou s'il veut gagner le congrès du PS » pour devenir premier secrétaire. Et le même ajoutait, dépité :

C'est vraiment une campagne de merde !

Faut dire qu'il y a de quoi s'inquiéter : en un mois, Hamon a perdu son avance sur Mélenchon dans les sondages, ils ne sont plus qu'à quelques points, et certains élus à l'aile droite du PS, comme le député Christophe Caresche, commencent à demander l'asile politique chez Emmanuel Macron...

Certains avaient imaginé un très improbable plan B, qui n'a jamais été raconté, mais juste après la primaire de la gauche fin janvier, certains mécontents qui se reconnaissaient pas dans la candidature de Hamon avaient imaginé un plan pour le remplacer. C'était par exemple ce conseiller de l'ombre qui promettait en off qu'un « grand homme allait sortir de sa réserve et se lancer dans la bataille ». Le même, mystérieux, ajoutait : « Je ne peux rien vous dire, rendez-vous fin février ». Ou ce directeur de cabinet qui poussait à la candidature d'un « père de la Nation, respecté, avec du sang-froid ».

Je vous donne un indice. Ces conjurés avaient imaginé un slogan un peu foutraque : « Votez Nanard ». Pas Bernard Tapie, bien sûr. C'est... Bernard Cazeneuve, qui faisait rêver ces brebis égarées. Le Premier ministre s'est vite empressé de tuer l'idée dans l'oeuf. Il fera campagne, oui, pour lutter contre Marine Le Pen. Mais certainement pas pour sa pomme.

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