Par Solen de Royer

Il y a quelques jours, François Fillon a déclaré que s’il était battu à la primaire de la droite, il arrêterait la politique. Un aveu qui nous rappelle un vieux souvenir.

C’était lors d'un voyage de Nicolas Sarkozy en Guyane, en janvier 2012. Nous étions une quinzaine de journalistes. Le Président nous avait invité à diner. Un dîner assez étonnant… Sarkozy avait envie de parler. Il nous avait fait un long « off », de plus de 3 heures . L’amour, le bonheur, la mort, la fin du pouvoir : il avait parlé de tout !

François Fillon sera en meeting vendredi soir à Menton
François Fillon sera en meeting vendredi soir à Menton © maxppp

Ce soir-là, Sarkozy avait dit : « Si je perds, j’arrêterai la politique… » Il avait ajouté : « Je changerai de vie. Vous n’entendrez plus jamais parler de moi ! » Il avait aussi parlé du pouvoir comme d’une drogue. Je me souviens de son geste : il avait fait mine de retirer une aiguille de son bras droit en disant : « L’aiguille, il faut la retirer progressivement… » C’était il y 4 ans.

Alors faut-il croire les politiques, quand ils promettent d’arrêter ? Cela dépend où . A l’étranger, c’est la norme. En Espagne, José Maria Aznar a immédiatement quitté la vie politique après sa défaite aux législatives de 2004. Il n’avait que 51 ans ! En Allemagne, Schroder a fait la même chose. Mais en France, c’est beaucoup plus rare : il y a une sorte de « syndrome Giscard ». Comme si les responsables politiques n’arrivaient pas à faire le deuil du pouvoir, ou de ses attributs. Certains le reconnaissent, d’ailleurs. J’ai vu hier Michèle Delaunay, ex ministre du gouvernement Ayrault. Savez-vous comment elle définit un ancien ministre ? « Quelqu’un qui s’assoie à l’arrière d’une voiture et qui s’aperçoit avec stupeur qu’elle ne démarre pas ! » C’est une plaisanterie. Mais qui en dit long.

Dire qu’on a l’intention de quitter la politique n'est pas exempt d’arrière-pensées. Il y a un petit côté : retenez-moi ou je fais un malheur ! C’est aussi un moyen d’apparaître désintéressé. C’était le but de Nicolas Sarkozy en 2012 : donner l’image d’un homme qui n’est pas accroché au pouvoir.

Certains ont tenu parole : ils ont vraiment arrêté. Lionel Jospin , par exemple. Ou encore Bertrand Delanoë . Quand ses amis l’appellent, l’ancien maire de Paris est intarissable : « Je vais bien, je suis libre, c’est formidable ! » Pas question pour lui de revenir au gouvernement ! Il y a aussi Philippe Seguin , qui a terminé sa vie loin de la politique.

J’avais été le voir à la Cour des Comptes. Il m’avait dit : « J’aurais pu continuer à aller à la becquée, me faire nommer ministre d’Etat… Mais je me suis toujours senti de passage dans les meubles de la République… »

Et pourtant cela n’a pas été simple, pour lui, de quitter la politique. Mais il y avait comme un soulagement. Parce que la politique, c’est aussi une comédie. Il faut séduire, faire campagne, se faire aimer. Seguin détestait ça ! Il m’avait confié son bonheur d’être « enfin lui-même » ! Certaines paroles, mêmes anciennes, restent rafraichissantes.

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