Si la situation sanitaire le permet, on votera en juin pour les élections régionales. Un scrutin qui désignera 13 chefs d’exécutif. Des personnages dont le poids est devenu considérable.

Jean Castex ne se fait pas que des amis, en ce moment. Il vient de se prendre un tweet furibard de Manuel Valls. Et aussi des critiques de François Hollande. La raison ? Le premier ministre a critiqué samedi l’une de leur réforme emblématique : la création des grandes régions, en 2015. 

Je n’ai jamais été convaincu par ces immenses régions 

Beaucoup n’ont pas _« de légitimité historique »_. Voilà ce qu’a lâché Jean Castex. C’était lors d’un déplacement à Colmar pour lancer la Collectivité européenne d’Alsace. C’est la fusion des départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. 

Concrètement, l’Alsace renaît de ses cendres, mais ne redevient pas pour autant une région. Elle reste insérée dans le Grand Est. Car le gouvernement l’a redit hier au parlement, il ne touchera jamais à cette carte des régions. Promis juré. 

C’est contradictoire puisque le premier ministre trouve cette carte aberrante 

Oui, mais le gouvernement ne peut plus rien faire. Il le sait, les élus locaux en ont assez des chamboulements administratifs. Et pourtant, Castex a raison sur le fond. Cette réforme était censée faire des économies de 10 milliards. C’est ce que promettait le gouvernement Valls. Cela a été un trou financier.

Surtout, la nouvelle carte a été faite sur un coin de table. Si certaines régions ont un sens, je pense à la Normandie unifiée, d’autres sont incohérentes. Prenez la Nouvelle Aquitaine. Quel est le rapport entre un habitant de Bayonne et celui de Poitiers ?

Ce sont des mastodontes. Certaines, je laisse de côté l’Ile de France, ont près de 8 millions d’habitants. Auvergne-Rhône-Alpes, c’est gros comme la Suisse. Ce sont des petits pays. Avec des méga-budgets. Et à leur tête, des mini-présidents de la République. 

Ces élus sont donc très puissants 

Cette réforme a eu comme principale conséquence de créer des grands barons. Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, ils se voient d’ailleurs un destin national. 

Les autres n’hésitent pas à être dans le bras de fer avec le pouvoir central. Je pense par exemple au patron de la région Grand Est Jean Rottner, pourtant macron compatible. Il vient de dénoncer, avec fracas, « un scandale d’Etat » sur les vaccins.  

Autant de fortes têtes qui n’accepteront jamais qu’on redessine leurs frontières. Et voilà comment une mauvaise réforme est définitivement inscrite dans le marbre. 

L'équipe
  • Marcelo WesfreidJournaliste au service politique du Parisien / Aujourd'hui en France
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