Il n’y a jamais eu autant de députées femmes. Et pourtant, il y a une part d’illusion dans cette avancée vers la parité.

Où sont les femmes ?
Où sont les femmes ? © AFP / ALAIN JOCARD

Par Jean-Baptiste Daoulas.

Il y a deux candidates au perchoir : Brigitte Bourguignon et Sophie Errante, mais le troisième larron n’a pas dit son dernier mot. C’est l’ancien vice-président de l’Assemblée, François de Rugy, et il fait une campagne d’enfer auprès des nouveaux députés de la République en Marche. Sans oublier que rien n’empêche une quatrième candidature d’émerger ce matin.

Et quand bien même une femme présiderait l’Assemblée, ce serait l’arbre qui cache la forêt. Sur les sept groupes politiques qui sont en train de se former au Palais Bourbon, combien seront présidés par des femmes ? AUCUN.

On ne sait pas encore qui va présider la prestigieuse commission des finances, mais je peux déjà vous donner un scoop: ce sera un homme : Eric Woerth ou Gilles Carrez.

Alors évidemment, on imagine que la République en Marche sera attentive à équilibrer les présidences de commissions entre hommes et femmes. Mais en attendant, ce que cela montre, c’est que lorsqu’on laisse les députés décider seuls, ils choisissent toujours des hommes.

Pourtant, avec 223 femmes sur 577 députés, on pourrait penser que la parité est en marche

Une anecdote montre bien le contraire : les journalistes peuvent entrer en contact avec les députés dans des endroits très codifiés au Palais Bourbon : la salle des pas perdus, la salle des quatre colonnes… La semaine dernière, c’était un peu la foire aux numéros de téléphone. Les journalistes essayaient d’engager la conversation avec le plus de nouveaux députés possible pour engranger les cartes de visite.

Et il y a quelque chose qui aurait fasciné un anthropologue : c’est l’occupation de l’espace par les nouveaux députés. Ils étaient beaucoup plus d’hommes que de femmes à s’arrêter spontanément pour nous parler. Comme s’ils avaient intériorisé que c’était davantage un espace pour eux, que pour elles.

Il resterait donc encore une forme d’autocensure chez les nouvelles députées, et ce sont les anciennes députées qui le disent. La semaine dernière elles organisaient même des séances de coaching pour apprendre aux nouvelles comment ne pas se faire avoir par leurs collègues masculins. Avec un mot d’ordre : il faut toujours réclamer. Des postes de président, de vice-président, de questeur. Bref, toujours davantage de pouvoir.

Et on saura dès jeudi si ça a marché, quand tous les postes importants auront été répartis à l’Assemblée.

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