Un étrange rapport vient d’être remis au Bureau de l’Assemblée nationale : un rapport secret sur l’art et la manière d’évaluer l’activité des députés et surtout d’améliorer la transparence de la vie publique.

Hémicycle de l'Assemblée nationale
Hémicycle de l'Assemblée nationale © AFP / Thomas Samson

L’avantage de vivre dans un pays sur-administré, c’est que l’on dispose de quantités astronomiques de rapports sur à peu près tout et n’importe quoi... Et si le destin de bon nombre de ces documents est de prendre la poussière au fond d’un tiroir, certains connaissent une gloire fugace, comme le dernier rapport Borloo sur les banlieues, qui aura mis un mois – c’est long – à être enterré. 

Bref, les parlementaires, qui ont toujours pratiqué le lancer de rapport comme un véritable sport national, viennent à leur tour de faire l’objet d’un… rapport… sur l’art et la manière d’évaluer l’activité des députés et surtout d’améliorer la transparence de la vie publique. 

Mais ne cherchez pas ce rapport, il n’est pas public. Mieux encore : une clause de confidentialité astreint ses auteurs au secret. Niveau transparence de la vie publique on est sur la bonne voie ! 

Heureusement, les secrets restent ce qui s’échange le mieux en politique et les grandes lignes de ce document ont fuité dans la presse. 

Que découvre-t-on dans ce rapport secret ?

On découvre donc que les deux auteurs (chercheurs ?), Abel François et Olivier Rozenberg, proposent des relevés de présence plus performants ou de publier les agendas des députés rétrospectivement. 

Ils pointent aussi les effets parfois indésirables qu’entraîne le système actuel d’évaluation tenu par des associations citoyennes. En l’état actuel des choses, des députés peuvent — je cite — « être incités à agir de manière opportuniste dans le but d’améliorer leurs mesures et leur classement ». En d’autres termes : certains filoutent pour donner l’impression qu’ils se tuent à la tâche.

C’est sans doute une des clefs de compréhension du spectacle politique français : si certains élus ronchonnent bruyamment en séance, c’est qu’ils ont besoin que leur présence soit « détectée » et annotée pour améliorer leur score. 

Et si d’autres recopient in extenso des amendements que leur envoient généreusement des cabinets de relations publiques, c’est qu’ils ont besoin de remonter dans les classements sans trop d’effort. 

Quel serait le meilleur des systèmes d'évaluation des députés ?

Finalement, à l’école, en entreprise ou à l’Assemblée nationale, la nature humaine reste la même : les modes d’évaluation façonnent les comportements. 

Les effets d’un système d’appréciation basé sur la présence sont connus : présentéisme et réunionite à tous les étages ! 

Au fond, le meilleur des systèmes d’évaluation du travail parlementaire reste encore l’élection législative. Patience, patience, le prochain audit est pour dans trois ans.  

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