En ce jour de panthéonisation des héros de la résistance par François Hollande. On peut s'interroger sur le culte des grands hommes. J’aimerais vous dire que cela a encore un sens, et je vais concurrencer Alex Taylor en faisant ma revue de presse en latin: Humanum genus vivit paucis ! Autrement dit : le genre humain vit en fonction d’un petit nombre, et c’est signé d’un journaliste de talent, un certain Horace, au premier siècle avant J.C. Au frontispice du Panthéon, on peut lire « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». C’est une vieille tradition républicaine, qui illustre cette idée aristocratique que des êtres d’exception doivent servir d’exemples aux citoyens ordinaires.

Une vision héroïque en laquelle la gauche elle-même ne croit plus. En effet, par temps de paix, le grand homme se meurt, à gauche comme à droite. Il était d’ailleurs une spécialité de gauche, surtout au Panthéon, qui est un club de gauche. On y trouve Victor Hugo, et pas Balzac ou Chateaubriand. Mais c’est une gauche à l’ancienne, façon Mitterrand, qui aimait tant le Panthéon qu’il en a fait le premier moment de son septennat. Cette gauche croyait encore que ce sont les grands hommes qui font l’histoire. Ce n’était pas une gauche marxiste, et encore moins une gauche sociale libérale, à tendance scandinave, façon Hollande.

Hollande n'est pourtant pas le mieux placé pour se livrer à l'exercice. Ce président « normal », cet « hypo président », dont le trait principal est la recherche du consensus, s’en va célébrer les vertus de courage, de risque, et de leadership. On a du mal à y croire, et cela en plein débat sur les programmes d’histoire qui s’emploient à relativiser le plus possible la place des grands hommes.

De son côté, Nicolas Sarkozy, en créant les Républicains, espère peut-être récupérer cette mythologie.

Le choix de ce mot au pluriel est voulu par Sarkozy et ses communicants parce qu’il s’agit de tourner le parti vers ses adhérents et non vers son chef. Cette idée est inspirée du mouvement « Les citoyens » en Espagne, et aussi de « Podemos ». Des noms où c’est l’initiative de la base qui est à l’honneur, car c’est à elle de prendre le pouvoir. En choisissant ce nom au pluriel, Sarkozy a très consciencieusement voulu s’effacer derrière un collectif. Toute la mise en scène des Républicains sera construite pour mettre en valeur la masse des adhérents, et non pas le chef. En somme, si on regarde à gauche ou à droite de l’échiquier, on voit bien que la figure du grand homme n’est plus de saison. Le panthéon, vous l’aurez compris, est une belle tradition anachronique.

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