Bien sûr, le parti d’extrême-droite et sa ligne nationaliste ont gagné, mais dans une proportion finalement guère plus importante que son score de 2014.

Les affiches des candidats aux élections européennes
Les affiches des candidats aux élections européennes © Getty / Chesnot

En revanche, il est notable de constater que toutes les autres listes opposées à l’Europe et à Bruxelles se sont effondrées : les Insoumis de Mélenchon sont à à un peu plus de 6% soit 13 points de moins qu’à la dernière présidentielle, Dupont-Aignan franchit à peine la barre des 3%, et Asselineau ou Philippot, chantres du Frexit réalisent des scores pratiquement dérisoires. Quant aux listes Gilets jaunes, elles font un flop monumental.

A l’inverse, force est de constater que derrière la République en marche, le remarquable résultat des écologistes devant les Républicains et les socialistes, témoigne encore d’une certaine vitalité de lignes pro-européennes, même si elles sont divergentes.

Bref au-delà de la victoire du Rassemblement national, ce sont les nationalistes, les souverainistes de tout poil qui ont perdu hier.

Pourquoi est-ce une surprise ?

Parce que depuis 6 mois et dans la foulée du mouvement des Gilets jaunes, il n’y avait pas de voix politiques assez fortes pour accuser l’Europe de tous les maux de notre société. Au point qu’on sentait presque une gêne chez les pro-européens qui osaient à peine défendre le vieil idéal européen…

Au niveau européen, les populistes vont gagner à peu près une vingtaine de sièges pour représenter environ un quart du parlement. Mais ils devraient peser peu dans la mesure où les profondes divergences entre les nationalistes, hongrois, polonais, italiens, français etc, les empêchent de constituer un groupe…

Pour autant ce succès relatif des pro-européens leur créée une obligation majeure : celui de réformer l’Europe et de la réformer profondément. Car si hier, les Français et plus généralement les européens ont dit « oui » à l’Europe c’est désormais une autre Europe qu’ils attendent : plus démocratique, avec un libéralisme maîtrisée avec enfin une prise de conscience de l’urgence écologique. 

C’est à ces pro-européens disparates, émiettés, d’engager le changement. En ce sens, la déroute des vieux partis conservateurs et sociaux démocrates qui ont depuis toujours dominé les institutions européennes, est peut-être une chance. Mais le chantier est colossal et il n’est pas gagné. Hier, la construction européenne a obtenu un sursis et c’est peut-être le dernier.

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