Des trottinettes, des scooters, des bus… mais aussi des tracteurs, aujourd’hui, dans les rues de Paris ! Il y en aurait un millier selon les deux syndicats qui organisent cette action : la FNSEA et les Jeunes agriculteurs. Ils veulent bloquer la capitale. Une colère qui ne laisse pas les politiques indifférents.

Les agriculteurs français conduisent leur tracteur sur la rocade parisienne avec une pancarte indiquant "Macron, réponds!" pour protester contre les politiques du gouvernement, à Paris, le 27 novembre 2019.
Les agriculteurs français conduisent leur tracteur sur la rocade parisienne avec une pancarte indiquant "Macron, réponds!" pour protester contre les politiques du gouvernement, à Paris, le 27 novembre 2019. © AFP / Dominique Faget

C’est une colère récurrente depuis plusieurs années et singulièrement depuis ces derniers mois. En octobre, les agriculteurs défilaient un peu partout en France. Cet été, ils vandalisaient des espaces publics et des permanences d’élus En Marche. Ils s’étaient joints aussi, à certains moments, à la colère des Gilets jaunes. Les politiques ne peuvent ignorer ce malaise qui est au carrefour des évolutions économiques, sociales, politiques et sociétales. De la défiance vis-à-vis de l’Union européenne, à la lutte contre les pesticides, en passant par la contestation des traités commerciaux de libre échange comme le CETA et encore la commercialisation des produits alimentaires ou la relation complexe entre les paysans, les industriels et la distribution. 

À qui peut profiter cette colère paysanne ?

L’enjeu politique des campagnes est d’autant plus sensible qu’il n’est pas tranché. Car les agriculteurs sont sujets à de multiples tensions, à de multiples tentations. Fillonnistes au premier tour de la présidentielle, ils ont propulsé l’eurosceptique Marine Le Pen à la deuxième place devant Emmanuel Macron. Mais au second tour, les transferts de voix se sont faits au profit du leader des Marcheurs. Mais, preuve que le monde paysan est travaillé par des courants contradictoires : lors des élections professionnelles, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, piliers traditionnels des Républicains trouvent désormais face à eux, la Coordination rurale, largement favorable au RN, mais aussi la Confédération paysanne, plutôt d’extrême gauche. 

La défense du monde agricole ne semble pas être une priorité de la macronie 

La société post moderne et nomade que semble défendre le chef de l’Etat est loin des racines d’une France des territoires, rurale et traditionnelle. En plus, la montée de la vague écologiste a fait passer les intérêts du monde agricole derrière les impératifs du bien manger et de la lutte contre le réchauffement climatique. Plus cyniquement, que pèse une population qui représente 8% du corps électoral face à une jeunesse qui se mobilise et qui exige des comptes en matière écologique ? Même le ministre de l’Agriculture, d’habitude défenseur des intérêts de ceux qu’il représente, a fait de l’excès de zèle en lançant la semaine dernière,  « un zéro vin zéro alcool » lorsqu’on prend le volant. On le voit, sortis du Salon de l’Agriculture, les politiques pensent à autre chose. 

Aux agriculteurs de mener leur propre révolution quitte, entre deux Salons, à se faire entendre, par tous les moyens.

Les invités
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.