Par Charlotte Chaffanjon, journaliste politique à l'hebdomadaire Le Point

L’hyperactif ministre de l’Intérieur est de plus en plus comparé à Nicolas Sarkozy.

manuel valls prend le risque d'en faire trop
manuel valls prend le risque d'en faire trop © reuters

Certes, la comparaison est séduisante, mais elle a peu de sens. Plusieurs raisons à cela. D’abord, ils ne sont pas du tout dans la même situation. Sarkozy était ministre de l’Intérieur quand il s’est imposé comme une figure incontournable. Mais c’était face à Jacques Chirac, un président plus âgé que François Hollande aujourd’hui. La succession était ouverte. François Hollande sera candidat en 2017. La place de président de la République n’est pas libre avant… 2022 ! Imaginez… Valls ne peut pas tenir à ce rythme-là pendant neuf ans.

D’ailleurs il sait qu’il doit lever le pied. « Je réalise que je suis hyperconnue, que chacun de mes actes est scruté », nous a-t-il dit lors de l’université d’été du PS. Une façon de se dédouaner de l’intérêt qu’il suscite. Et même de faire croire qu’il le déplore.

- Autre argument pour dire que Valls n’est pas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy dirigeait l’UMP. Le parti faisait bloc derrière lui. Valls a lui peu d’appui. S’il voulait monter un courant politique aujourd’hui, il aurait du mal à réunir dix députés derrière lui.

Et puis, Valls est loyal. Souvenez-vous, en 2007, au nom de l’ouverture, Sarkozy lui avait proposé d’entrer au gouvernement. Valls avait refusé. Contrairement à certains de ses camarades comme Eric Besson ou à Bernard Kouchner. Car Manuel Valls est de gauche. Il a d’ailleurs tenu à le rappeler pour ceux qui auraient tendance à l’oublier. Écoutez, C’était samedi dernier, lors de son discours, à l’université d’été du PS à La Rochelle.

« Soyez fier de ce que nous faisons. N’entendez pas les voix qui critiquent. Ce gouvernement il est de gauche. Le ministre de l’Intérieur il est de gauche, il est socialiste et il est fier de mener cette politique. »

- Mais alors, d’où vient cette impression que Manuel Valls cherche à copier Nicolas Sarkozy ?

Depuis qu’il est place Beauvau, comme Sarkozy en son temps, Valls s’agite beaucoup. On l’a vu par exemple cet été en Camargue, marquer au fer rouge un taureau. Ou en photo dans Paris Match , embrassant fougueusement sa femme. Au point qu’on se demande s’il ne fait pas exprès de jouer la copie conforme. Le mimétisme pourrait faire sourire s’il n’agaçait pas ses camarades, qui jugent indécent cette communication outrancière au service d’une ambition personnelle. Surtout en temps de crise. « Il en fait trop, beaucoup trop », soupire un député du PS qui juge pourtant le travail de Valls à l’Intérieur excellent.

  • Il faut dire aussi, que cette image de « Sarkozy de gauche » ne date pas de son arrivée au ministère de l’Intérieur.

Manuel Valls, c’est l’homme qui, bien avant l’élection de François Hollande, a pris position par exemple pour déverrouiller les 35 heures ou pour défendre la TVA sociale. Et puis, aujourd’hui, à l’Intérieur, il assume une ligne sécuritaire, très sécuritaire, parfois trop sécuritaire. Ce que ne manque pas de lui rappeler Christiane Taubira. Face au discours de la ministre de la Justice, voilà Valls encore à droite de la gauche. Pour être désigné par les militants, et même par les sympathisants du PS à une quelconque élection, il est de bon ton d’avoir des positions de gauche.

  • Justement, avec Christiane Taubira, le conflit est terminé ? A la Rochelle, Manuel Valls a bien souligné qu’elle était son « amie ».

Cette histoire d’amitié, c’est de l’affichage. Manuel Valls est furieux contre la ministre de la Justice. Et ce n’est pas le discours de Taubira annonçant samedi sa réforme pénale avant arbitrage, qui l’a calmé. D’autant qu’au delà du fond, il déplore l’attitude de Taubira qui, je cite Manuel Valls, « a reçu le soutien sans doute spontanément de Martine Aubry après être allé se faire applaudir chez les Verts… »

Il n’y a rien de pire pour Manuel Valls puisque les Verts sont en guerre ouverte contre lui. « Si Manuel Valls était Premier ministre, je ne vois pas comment nous pourrions participer au gouvernement », a dit le ministre du développement Pascal Canfin. Je vous livre la réaction de Manuel Valls en privé à cette sortie. Elle dit toute la bonne ambiance qui règne au gouvernement : « c’est vraiment dégueulasse. »

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