Par Thierry Dupont

Comme tous les énarques, François Hollande est quelqu'un de méthodique. Sous le sapin de Noël de l'Elysée, on l'imagine volontiers attelé au Meccano de la présidentielle de 2017. Depuis quelques mois, le président examine toutes les pièces du puzzle, une à une. Il a déjà affaibli Jean-Luc Mélenchon en cajolant les communistes et vidé Europe Ecologie Les Verts d'une partie de ses cadres. Maintenant, François Hollande s'attaque à la droite.

François Hollande
François Hollande © IAN LANGSDON/EPA/MaxPPP

Il a commencé dès le lendemain des régionales : il tend des perches à l'autre rive. Il s'est s'affiché avec délice aux côtés de Xavier Bertrand, tombeur de Marine Le Pen en Nord-Pas-de-Calais-Picardie grâce aux voix de la gauche. De même, Manuel Valls a bondi sur la proposition de pacte républicain contre le chômage lancée par l'ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin. Et, puis, la semaine passée, François Hollande a surpris son monde en maintenant la déchéance de nationalité dans son projet de réforme de la Constitution. Cette vieille proposition de l'extrême-droite, reprise par Nicolas Sarkozy, comment les députés et sénateurs de droite pourraient-ils refuser de la voter ?

En fait, François Hollande s'aventure de plus en plus sur le terrain de la droite, il braconne les idées de l'adversaire, sur le plan sécuritaire, on l'a vu, mais aussi économique avec les réformes à venir du Code du travail. Ce week-end, le socialiste Benoît Hamon déplorait une « transhumance politique et intellectuelle qui déboussole ». Il n'y a pourtant rien de bien original dans cette manœuvre de triangulation. On se souvient, par exemple, sous la présidence Sarkozy, de la politique d'ouverture aux personnalités de gauche.

Chez François Hollande, il y aurait pourtant quelque chose de plus profond, il y a chez lui une constante, celle de prendre le pouvoir sans conquête, presque sans combat . Son truc, ce n'est pas le Pont d'Arcole, c'est plutôt l'art de la synthèse. Un exercice dans lequel il excellait quand il dirigeait le Parti socialiste. Lors des congrès, l'équilibriste réunissait dans un grand bain tiède radicaux et modérés, réformistes et anti-libéraux. Plutôt que de défier l'adversaire, on le désarme, on l'endort, on l'étouffe. Cela rappelle un personnage du Livre de la Jungle . Mais si, vous savez, Kaa, le python hypnotiseur...

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