Pour Marine Le Pen, il y aurait les bons et les mauvais fonctionnaires.

Infirmière en plein travail
Infirmière en plein travail © Getty / BURGER Phanie

Par Jean-Baptiste Daoulas.

Du discours de Marine Le Pen à Nantes dimanche, la presse a surtout retenu ses menaces contre les magistrats et les hauts fonctionnaires. Le message est clair : l’élite de la fonction publique, voilà l’ennemie, et il va lui arriver des bricoles si elle fait obstacle à l’accession du Front National au pouvoir !

Mais la violence de l’attaque a occulté tout un pan du discours de la candidate dans lequel elle cajole les autres fonctionnaires. Ceux qui ne sont ni énarques ni magistrats. Marine Le Pen les félicite d’être “dévoués au bien public”, elle promet d’embaucher des policiers et des gendarmes, de lutter contre la disparition des services publics dans les zones rurales, et surtout, contrairement à François Fillon, elle ne parle pas de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires.

Il y a donc bien une opération séduction du Front National en direction des fonctionnaires. Discrètement, le Front National a créé des collectifs pour parler à chaque segment de la fonction publique.

Il y a le collectif Racine qui rassemble des enseignants, ou encore le collectif des usagers de la santé qui s’adresse aux personnels des hôpitaux...

Et au niveau local, les élus du FN ont la consigne de participer à toutes les manifestations de défense des services publics. Dès qu’une maternité ou qu’un bureau de poste menace de fermer, ils sont là.

L’opération séduction du Front National commence à inquiéter les syndicats. Un responsable syndical de tout premier plan me confiait il y a quelques jours, complètement dépité : “ils sont devenus ceux qui reprennent le plus nos revendications. La vérité, c’est qu’aujourd’hui, le FN est le seul parti qui bosse.”

Et ça marche de plus en plus si l’on en croit les sondages. Et particulièrement, parmi les fonctionnaires les moins diplômés. Par exemple, à l’hôpital, d’après une étude du Cevipof, près de 34% des agents de catégorie C ont l’intention de voter pour Marine Le Pen.

Mais il y a un paradoxe, c’est que malgré cette percée, le vote FN reste un tabou chez les fonctionnaires. Je m’en suis encore rendu compte aux assises présidentielles du parti à Lyon, début février. Même parmi les militants frontistes les plus convaincus, vous savez, ceux qui chantent très fort “on est chez nous” dans les meetings, il reste extrêmement dur de trouver un fonctionnaire qui accepte de se montrer à visage découvert.

Et ces magistrats et hauts fonctionnaires Marine Le Pen les attaque, mais dès qu'elle arrive à débaucher un haut fonctionnaire, elle l’affiche comme un trophée. Un énarque, vous comprenez, ça fait sérieux, ça rassure les électeurs.

Il y a eu Florian Philippot, il y a désormais Jean Messiha. C’est lui, l’homme qui monte au Front National, le responsable du programme de Marine Le Pen.

Et la présidente du FN espère que la liste va s’allonger. L’an prochain, le patron du FN à Sciences Po va passer le concours de l’ENA. Il s’appelle David Masson Weyl, et il espère devenir le premier étudiant ouvertement FN à intégrer ce temple de l’élite.

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