Banni de la République hier, Alain Juppé est aujourd’hui plébiscité

C’est à croire que la politique est une bonne école de la seconde chance et Alain Juppé en profite pleinement.

Alain Juppé
Alain Juppé © MaxPPP/Sud-Ouest/Laurent Theilelt

Il n’y a qu’à voir le sondage publié dimanche dans Le Parisien : 69% des Français ont une bonne opinion du maire de Bordeaux. Mieux : près des 2/3 jugent qu’il fut un bon Premier ministre entre 1995 et 1997. Nous parlons bien du même homme à l’origine de la longue grève de décembre 1995 qui avait paralysé et le pays et sans équivalent depuis. Les Français sont aussi majoritaires à le trouver « sympathique » alors qu’il y a près de 20 ans, ils n’avaient pas de mots assez durs contre celui qui se voulait « droit dans ses bottes ». Une expression funeste qui l’a longtemps desservi. Les défauts d’hier sont devenus les qualités d’aujourd’hui. Enfin, et j’arrête avec les chiffres : 57% des sondés estiment qu’Alain Juppé est honnête. Quasiment dix ans après sa condamnation dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. La roue tourne.

Pour l’instant, Alain Juppé ne souhaite pas capitaliser sur cette popularité, d’ailleurs il reste en retrait En apparence en tous les cas. Ce que disent ses proches c’est qu’Alain Juppé garde la tête froide devant cette cascade de bons chiffres. Il avait plutôt l’habitude d’être premier dans les sondages, mais en partant du bas, comme en plaisante l’un de ses proches. Officiellement donc Alain Juppé se concentre uniquement sur l’échéance de mars et la mairie de Bordeaux et ne pense nullement à la présidentielle de 2017. Sauf qu’à bien y regarder, plusieurs signes démontrent le contraire. Samedi, il était absent du grand raout parisien de l’UMP. Une manière de se placer au dessus du parti… à la manière, suivez mon regard, d’un certain Nicolas Sarkozy. Sans y paraître, Alain Juppé agit aussi en coulisses pour défendre ses intérêts et a su placer certains de ses supporters au bureau politique de l’UMP, sorte de gouvernement du parti.

Autre épisode qui donne une idée d’un état d’esprit davantage tourné vers l’avenir qu’il veut bien le dire : son soutien constant à François Bayrou pour la mairie de Pau. Cette alliance là est tout sauf anodine lorsqu’on sait qu’Alain Juppé est convaincu qu’une élection présidentielle se gagne au centre.

D’ici 2017, les choses sont loin d’être faites Les Français ont toujours de la sympathie pour ceux qui sont sortis des radars. C’est notre côté nostalgico-sentimental. Peut-être aussi la preuve d’un désenchantement général qui nous laisse à penser que le passé est préférable au présent.

En 2017, Alain Juppé aura 72 ans. Comme il le fait lui-même remarquer, l’âge d’un John Mc Cain lorsqu’il échoua contre Obama en 2008. Juppé n’est donc pas dupe de son come back dans les sondages. En vieux sage de la politique, il sait que si lui en profite, d’autres pourraient aussi se refaire une santé d’ici 2017. Et en premier lieu François Hollande. C’est peut-être d’ailleurs sa force : Alain Juppé ne sous-estime pas ses adversaires. Il reconnaît l’habileté du président à manœuvrer dans la difficulté quand Nicolas Sarkozy, lui, est convaincu que François Hollande n’a toujours aucune qualité d’un chef d’Etat. La lucidité n’est pas gage de victoire, mais elle peut parfois y aider.

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