Jean-François Copé, englué dans l'affaire Bygmalion, a demandé hier soir aux Français de ne pas douter de son intégrité. Il estime aussi que des « collaborateurs » auraient abusé de sa confiance. Que vaut son système de défense ?

Il dit qu’il ne savait rien, mais comment le croire ? On peut même espérer pour lui qu’il savait ! Un chef de parti qui ignore le versement de 26,7 millions d’euros à la société de l’un de ses amis : c’est un scénario insensé. D’ailleurs, hier, il a fait face à des attaques d’une extrême violence venant de son camp et il a rendu son tablier.

nicolas sarkozy plaide pour une réforme des accords de schenghen
nicolas sarkozy plaide pour une réforme des accords de schenghen © reuters

Mais c’est quand même le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy qui est suspect dans cette histoire. La question du degré d’implication de l’ancien président ne peut pas être occultée. Il a fait savoir par la voix de son ami Brice Hortefeux qu’il était « très mécontent ». D’accord, mais cela ne suffit pas.

Tout le monde à l’UMP a l’air de dire qu’il n’était pas au courant . Mais les sommes sont tellement astronomiques qu’elles paraissent pour le moins difficiles à dissimuler.Je vais vous citer le député UMP Gérald Darmanin, il est assez clair dans le JDD : « C’est un problème Bygmalion, Copé et Sarkozy. »

Pourtant, il faut admettre que sa voix est isolée . En off, François Fillon dit la même chose. Mais depuis que Le Point a sorti la première enquête sur Bygmalion le 27 février, personne, à droite, n’a osé publiquement soulever la question de la responsabilité de l’ancien président. Un observateur bien placé à l’Assemblée a sa petite explication : « Ils ont tous la trouille de se faire détruire s’il revient ». Au moins c’est clair.

Leur seule raison n'est pas seulement de protéger Nicolas Sarkozy. À l’UMP, ils sont imprégnés d’une culture du chef très forte. Depuis le début de la Vème République, la droite a toujours été emmenée par des leaders charismatiques, du Général De Gaulle à Jacques Chirac… Ils se sont toujours référés à des figures imposantes. Depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, c’est le vide complet. L’UMP apprend l’opposition et manifestement c’est laborieux. Chacun essaie de tirer sa petite épingle du jeu dans une atmosphère de vendetta.

Bilan : chez les militants, mais aussi chez une partie des cadres du parti, on se raccroche désespérément à l’espoir d’un retour de Nicolas Sarkozy.

Sauf que les apparences sont trompeuses. En public, dans les médias, il reste protégé. Mais la réalité c’est qu’il n’a pas que des amis. « Les langues vont se délier », prévoyait-on hier à l’Assemblée. François Fillon ne veut pas du retour de Sarkozy. Alain Juppé non plus. Ces deux anciens Premiers ministres ont de l’ambition. Ils ont des soldats et, cerise sur le gâteau : ils sont à la manœuvre désormais ! Hier, les proches de Juppé et Fillon affichaient un large sourire, pour dire, je cite un parlementaire, (c’est un peu violent mais ça donne une bonne idée de l’ambiance) : « C’est une aubaine, avec une balle, on perfore Copé et Sarkozy. »

Mais on ne peut pas affirmer que pour Sarkozy, c’est terminé. Il ne faut pas insulter l’avenir. En politique, on n’est rarement fini. Mais le problème de Nicolas Sarkozy, c’est que cela commence à faire beaucoup. Depuis qu’il a quitté le pouvoir, son nom a été cité dans une multitude d’affaires. L’affaire Bettencourt, il a obtenu un non-lieu, l’affaire Tapie, Claude Guéant était en garde à vue hier encore dans ce dossier, les sondages de l’Elysée, l’affaire Karachi, l’affaire des écoutes avec des soupçons de trafic d’influence… Et maintenant, l’affaire Bygmalion. Au PS, on invoque la présomption d’innocence bien sûr, mais on croit de moins en moins que François Hollande aura à jouer le match retour en 2017.

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