Le président va prononcer un discours très attendu aux Invalides. Un éloge funèbre du gendarme Arnaud Beltrame. Mais au fait, qui a la responsabilité d’écrire les discours d’Emmanuel Macron ?

Sylvain Fort, 46 ans, normalien et plume pour les discours d'Emmanuel Macron
Sylvain Fort, 46 ans, normalien et plume pour les discours d'Emmanuel Macron © Maxppp / Nicolas Kovarik/IP3

Par Marcelo Wesfreid.

Hier, j’ai appelé à l’Elysée, pour avoir des éléments sur ce que dirait le président aujourd’hui. C’était pour préparer un article. On m’a répondu : impossible de vous répondre, parce que le président est en train de retravailler son discours et ça peut être très long ! En fait, le mécanisme est le suivant : Emmanuel Macron ne part pas d’une feuille blanche. Il a ce qu’on appelle dans le jargon politique une « plume », c’est-à-dire quelqu’un qui lui a préparé une première trame. Le président la remet ensuite à sa sauce. Ou demande des corrections. Il peut y avoir jusqu’à vingt versions d’un discours. Du coup, le conseiller du président écrit au kilomètre. Il doit essayer de traduire la pensée du président, la mettre en mots, lui donner un souffle. Si le discours est magnifique, on dira que c’est grâce à l’orateur. Si c’est nul, à l’inverse, on dira que c’est la faut de la plume. C’est un job un peu masochiste. 

Celui qui joue ce rôle-là auprès du président, c'est quelqu’un que les journalistes connaissent bien. Il a été le conseiller en communication d’Emmanuel Macron, pendant la campagne. C’est Sylvain Fort, 46 ans. Un normalien : il a été critique de musique classique, traducteur d’allemand. Il occupe aujourd’hui un bureau au-dessus de celui de son patron. Il n’arrête pas d’écrire, parfois pour rien parce qu’Emmanuel Macron adore également partir dans de longues improvisations, quand il est devant les micros. Avant Sylvain Fort, pendant la présidentielle, c’était un jeune de 27 ans, Quentin Lafay qui écrivait les discours. 

Aujourd’hui, il est aux États-Unis, à Los Angeles, pour préparer une série télévisée. C’est un métier de l’ombre, qui permet – parfois - de passer dans la lumière. Parce que dans le monde politique, en tout cas en France, où on a le culte des lettres.  Pompidou a ainsi été recruté par De Gaulle pour être sa plume. On connaît la suite. L’Elysée. Alain Juppé a écrit pour Jacques Chirac. Laurent Fabius a fait le boulot pour François Mitterrand. 

Laurent Fabius, d’ailleurs, a une formule qui résume bien ce type de parcours de l’écriture à la politique :

On commence en écrivant des discours qu'on ne prononce pas. On termine en prononçant des discours qu'on n'a pas écrits.

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