François Fillon va devoir s'atteler à un exercice douloureux : la composition de son gouvernement fantôme.

Hier soir, le bras droit d'un candidat à la primaire me disait en grinçant : « ça y est, la droite a trouvé son nouveau Dieu ».

A partir d'aujourd'hui, le châtiment de « Dieu » pourrait tomber sur plusieurs têtes. François Fillon va devoir s'atteler à un exercice douloureux : la composition de son gouvernement fantôme. Il veut choisir vite. Et les places seront chères : il veut une quinzaine de ministres seulement. Le grand mystère, c'est qui pour Matignon ? On parle de certains fidèles comme Gérard Larcher, le président du Sénat, ou Bruno Retailleau, le chef des sénateurs Les Républicains. Politiquement, on ne voit pas trop l'intérêt, ça fait un peu ton sur ton.

Mais il y a un nom qui circule, celui d'un homme resté très discret : Xavier Bertrand. Le patron de la région Hauts-de-France a un immense avantage : son côté populaire. C'est l'anti-Fillon. Il le dit lui-même, oui il mange des frites avec les doigts, oui il écoute Les Enfoirés ! Or, Fillon a un problème : il est le candidat de la droite en Loden, pas des catégories populaires. Un sarkozyste me disait : « Fillon, c'est la droite sans le peuple, tout bénéfice pour Marine Le Pen ! » Et qui a été le tombeur de Marine Le Pen aux régionales ? Xavier Bertrand.

Vous le savez peut-être, François Fillon veut des ministres de la société civile s'il est élu président. Ça tombe bien, on parle beaucoup de son ami Henri de Castries, l'ancien patron d'Axa, pour Bercy.

Il faudra aussi faire une place aux sarkozystes. Et ça, ça agace horriblement les fillonistes. Je vous raconte une anecdote : mardi dernier, François Fillon était dans le TGV en direction de Lyon, installé dans un carré avec son fidèle Jérôme Chartier et les ralliés Laurent Wauquiez et Bruno Le Maire. Chartier s'absente un instant. Hop, l'ex-sarkozyste Eric Woerth lui pique son siège ! Chartier revient et lance : « Je savais bien que tu voulais ma place ». Tout le monde a ri. Jaune.

A la tête des Républicains, Wauquiez s'accroche aux branches. Mais Fillon ne l'aime pas. Autre anecdote, toujours dans le TGV Lyon-Paris : le candidat lui a mis un gros tacle devant tout le monde. A cause de lui, il a failli louper le TGV retour de 21h37. « C'est de la faute de Monsieur Wauquiez ! », a taclé Fillon. Tout content d'être invité au meeting, Wauquiez avait explosé son temps de parole...

Du coup, ça phosphore sur son possible successeur. Luc Chatel, Bernard Accoyer, Eric Woerth ? Personne n'en sait rien. Mais il y a un nom qui fait l'unanimité : celui de Thierry Solère, qui a organisé la primaire au cordeau. Pas un seul bug, un immense succès de participation. Logiquement, ça se récompense.

Le parti étant endetté, on se demande si François Fillon va avoir de quoi mener campagne. Une présidentielle, on le sait depuis Bygmalion, ça coûte très cher : 22,5 millions d'euros pour les candidats du second tour. Or, la primaire a été une très bonne affaire. D'après Thierry Solère, elle a coûté 8 millions d'euros. Grosso modo le montant récolté au premier tour, à raison de 4 millions de votants qui ont payé 2 euros. Du coup, les quelque 9 millions ramassés hier vont aller directement dans les caisses de Fillon. L'air de rien, c'est quasiment la moitié de son budget. Une belle opération.

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