La colère fiscale monte et préoccupe l'Elysée

Bretagne écotaxe
Bretagne écotaxe © Radio France / Fiona Moghaddam

Vous le sentez, ce petit vent de révolte fiscale qui souffle sur le pays ? Ça n'est pas la faute de la tempête Christian annoncée par Météo France, non c'est l'ouragan François et son cortège de taxes! On a eu un avant-goût ce week-end, en Bretagne, où des manifestants ont fait le coup de poing contre la fameuse écotaxe sur les poids lourds. Ils avaient tous sur la tête un bonnet rouge, souvenir des révoltes paysannes contre les taxes de Colbert.

Tout un symbole révolutionnaire. Ça m'a rappelé Nicolas Sarkozy qui racontait, quand il était à l’Élysée, qu'il lui arrivait de faire de mauvais rêves avec des guillotines : « les Français, disait-il, sont un peuple éruptif, ils ont coupé la tête de ce bon roi Louis XVI ! » C'est bien ce qui tracasse François Hollande : est-ce que la situation peut dégénérer? Est-ce que les Français peuvent descendre en masse dans la rue pour brûler leur feuille d'impôt sous les fenêtres du palais de l’Élysée ?

Évidemment, on n'en est pas là, maiscelafait des semaines que les préfets envoient des notes pour alerter le pouvoir sur la pression fiscale, qui ne passe plus sur le terrain . En privé, Manuel Valls lui-même parle du risque d'une « jacquerie ». Il met en garde : « le gros truc, c'est la Bretagne, si les Bretons sortent... ». Au sommet de l’État, on sent bien qu'il suffirait d'une étincelle.

Et ça n'est pas pour rien que le gouvernement a rétro-pédalé vitesse grand V sur la taxation de l'épargne ! Sans doute parce que c'était la goutte de trop.

Le problème, c'est que tout ça sent la fin de règne. François Hollande est au pouvoir depuis 18 mois seulement, il semble déjà paralysé, obligé de reculer au moindre coup de gueule, de peur de faire déborder le vase. Quelques milliers de lycéens réclament le retour de Leonarda ? Voilà le Président qui s'invite à la télévision pour la faire rentrer ! Le patron des patrons Pierre Gattaz rouspète contre l'impôt sur l'excédent brut d'exploitation ? Le projet est rangé illico dans les cartons ! Les petits épargnants hurlent contre la taxation de l'épargne pour boucher le trou de la Sécu ? Circulez, on n'en parle plus ! Tout ça sans parler de la fronde des Pigeons, Poussins et autres animaux de basse-cour. Bref, on ne donne pas très cher de la peau de l'écotaxe, qui n'est pas sûre, à ce rythme-là, de passer la semaine.

Le problème, c'est que François Hollande s'est enferré dans ses contradictions. Ses zigzags sur la fiscalité ont fini par donner le tournis aux Français. Fin août, le Président nous promettait une « pause fiscale » pour 2014 ou 2015, on ne sait plus trop. Mi-septembre, il disait, en parlant des impôts, « c'est beaucoup donc ça devient trop ». Et patatras, pourtant, l'overdose fiscale continue... On peut comprendre la colère des électeurs, qui avaient voté pour « taxer les riches » et seulement eux. C'est en tout cas ce que promettait le candidat Hollande le 26 janvier 2012, jour de la présentation de son programme:

On a vu ce qu'on a vu, neuf Français sur dix devaient théoriquement être protégés. Bref, le sujet, c'est celui de la crédibilité de la parole politique. Celle du Président de la République paraît terriblement affaiblie, pour ne pas dire durablement démonétisée. Et le comble, c'est qu'à force de céder sur des mesurettes mal ficelées, on finit par oublier tout ce sur quoi il n'a pas reculé : les retraites, le mariage gay, la taxe à 75%. Pas vraiment des réformettes, pourtant...

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