Par Matthieu Deprieck, journaliste politique à L'Express

Cet après-midi, les députés voteront le budget de la Sécurité sociale pour l'année 2015. L'occasion de compter à nouveau les forces en présence à gauche et particulièrement les frondeurs.

22, revoilà les frondeurs ! Enfin, rien ne dit qu’ils seront 22. Ils seront certainement plus à s’abstenir cet après-midi. C’est justement la question qui va occuper le PS : y aura-t-il plus d’abstentions aujourd’hui que la semaine dernière pour le vote du budget de l’Etat ? Pour rappel, ils étaient 39 et les frondeurs, comme la députée Fanélie Carrey-Conte s'en félicitait sur l'antenne de LCP :

Alors, plus ou moins, finalement peu importe car dans tous les cas ou presque, les frondeurs auront gagné. J’appelle cela le syndrome Guinness book.

Les 41 frondeurs, dont Pouria Amirshahi, ont finalement voté ce budget
Les 41 frondeurs, dont Pouria Amirshahi, ont finalement voté ce budget © maxppp

Je suis sûr qu’autour de cette table et vous auditeurs, vous avez déjà tous parcouru au moins une fois le Guinness book des records. Pour y figurer, le plus simple c’est de décliner un record déjà existant. Exemple : plutôt que de s’échiner à battre le record du temps passé debout sur une jambe, pourquoi ne pas parcourir la plus longue distance à cloche-pied et ensuite la plus longue distance en marchant sur les mains ? Puis la plus longue distance en marchant, en arrière, sur une main, droite puis gauche ?

Eh bien en politique, pour gagner, il faut toujours créer une catégorie dans laquelle établir un record. Rien ne sert, pour les frondeurs, d'être plus nombreux à chaque fois. Ils peuvent aussi rassembler le plus grand nombre de votes « contre ». Ou le plus grand nombre d’abstentions sur un vote de confiance : 31 le mois dernier. Ou le plus grand nombre d’abstentions sur un texte budgétaire : 39, la semaine dernière. Idées d'autres catégories : le plus grand nombre d'anciens ministres à s'abstenir ou de petits nouveaux à rejoindre les frondeurs.

A l’Assemblée, comme dans le Guinness book, à tous les coups, on gagne.

Jusqu’à quand les frondeurs peuvent-ils gagner?

Tout dépend de la capacité d'organisation du camp d'en face, en l'occurrence de ceux que l'on appelle les légitimistes. Ceux-ci ne sont pas tous des partisans de Manuel Valls et de François Hollande. C'est bien plus contrasté que cela.

Parmi les adversaires des frondeurs, on trouve de tout. Des valsiens et des hollandais. Des réformateurs. Des députés disciplinés. D'autres élus depuis trois ou quatre mandats qui supportent mal le fossé générationnel entre les jeunes frondeurs et eux. J'en ai rencontré un la semaine dernière qui déteste tellement les frondeurs qu'il me les a assaisonnés pendant dix bonnes minutes dans des termes que je ne vous répéterai pas à une heure de si grande écoute. Et pourtant, lui aussi juge qu'il faut infléchir la politique menée. Un vrai petit discours de frondeur.

En fait, pour compter au plus juste, il faudrait, dans l’idéal, recenser les frondeurs, les légitimistes, les faux frondeurs et les faux légitimistes. A mon avis, mieux vaut encore marcher en arrière sur une seule main. C’est plus simple.

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