François Hollande s’envole pour la Chine dimanche, dans son Airbus A330, baptisé « Air Hollande One ». L’appareil était en maintenance, et il n’avait pas volé depuis trois mois. Un avion qui avait suscité beaucoup de fantasmes en 2010, quand Nicolas Sarkozy l’avait acheté.

A330 du Président de la République
A330 du Président de la République © MaxPPP

A l’époque, Ségolène Royal avait dénoncé un « avion de luxe » ! Sarkozy avait été un peu agacé par toutes ses rumeurs. Et puis, il avait fini par en rire. D’ailleurs, quand il faisait visiter l’avion pour la première fois, il disait : « alors, ici, vous avez le four à pizza… ici, le cours de tennis, et là, bien sûr, le jacuzzi… ».

Rien de tel, évidemment, dans cet avion présidentiel. Seul petit luxe : Sarkozy avait fait installer un lecteur DVD et une machine à café dernier cri. François Hollande les a gardés.

L'avion est divisé en trois compartiments : une cabine à l'arrière pour les gardes du corps ; une cabine VIP, pour les ministres et les chefs d'entreprise qui voyagent avec le Président ; et puis, à l’avant de l’avion, les appartements du Président. Une salle à manger, avec une grande table ovale. Une chambre, avec un vrai lit. Une douche. Et enfin, une salle de transmissions ultra moderne. Le téléphone grésille un peu, paraît-il, mais on peut téléphoner dans le monde entier !

Cet avion, c’est d’abord un lieu de pouvoir. Qui dit lieu de pouvoir dit jeu de cour. A chaque voyage, le Président invite à sa table des ministres ou des chefs d’entreprise. Je peux vous dire que juste avant les repas, il y a une certaine fébrilité dans l’avion : chacun se demande s'il va en être... ou pas.

C’est aussi un bureau, cet avion . Pour les conseillers, ce n’est pas toujours très drôle : ils passent parfois des nuits entières à réécrire un discours. Un processus assez surprenant : le texte est corrigé à la main par Hollande, puis envoyé par fax à l’Elysée. Les secrétaires déchiffrent l’écriture illisible de Hollande et renvoient dans l’avion une version propre. Et ainsi de suite.

Cet avion est aussi un lieu de rencontre. Un ministre me disait : « tout le monde est en chaussettes, ça facilite les contacts ». Thierry Mariani, le député Les Républicains, c'était par exemple lié d'amitié avec Frédéric Mitterrand : une rencontre improbable. Le conseiller diplomatique de Hollande, lui, m’a a passé un vol Haïti-Paris à côté de l’acteur Sean Penn… Quelle chance, allez-vous dire ! Eh bien non : ils ont dormi.

Sarkozy, lui, aimait écouter de la musique. Il avait même organisé un karaoké avec ses ministres : entre Marrakech et Tanger. Vous imaginez Sarkozy et ses ministres chanter Michel Sardou à tue-tête, et en chaussettes ?

Cet avion est aussi un lieu où l'on fait de la politique. A 10 000 mètres d’altitude, les politiques se lâchent. Je me souviens aussi d’un vol avec François Baroin, ministre de Jacques Chirac. Il avait pris mon cahier de notes. Et il avait commencé à dessiner… Le visage de Sarkozy, puis celui de Ségolène Royal. Il avait écrit ensuite son pronostic pour la présidentielle de 2007 : Royal 52%, Sarkozy 48%. Il avait expliqué : « Sarkozy est incapable de rassembler. Il ne peut pas gagner la présidentielle. » Ce qui n’avait pas empêché Baroin de se rallier à Sarkozy et de devenir ministre.

Mais c’était un moment de vérité. C’est parfois dans le ciel que s’écrit la petite histoire politique.

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