Emmanuel Macron est en train de réussir un exploit politique : un magnifique triplé ! A en croire ses opposants, de droite comme de gauche, il est à la fois en train de se chiraquiser, de se sarkozyser et de se hollandiser. C’est loin d’être un compliment.

Par François-Xavier Bourmaud, journaliste au Figaro.

La chiraquisation, c’est l’immobilisme

S’enfermer à l’Elysée et attendre la fin de son mandat sans faire grand-chose. 

La critique est alimentée par plusieurs reports sur fond de crise du covid : la réforme de l’assurance-chômage, ce sera dès que la situation économique le permettra. La réforme des retraites, elle est coupée en deux. Exit l’équilibre financier, seule la partie retraite par point sera étudiée l’année prochaine, si possible. Et il y a aussi La loi sur le séparatisme qui n’en finit plus d’arriver. Voilà pour la chiraquisation.

La sarkozysation : c’est le raidissement à droite

Pas besoin de faire un dessin, Emmanuel Macron a nommé à Matignon un ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée de Nicolas Sarkozy. Au ministère de l’Intérieur, Gérald Darmanin marche dans les pas de Nicolas Sarkozy. Le climat est au sécuritaire et c’est désormais à droite qu’Emmanuel Macron peut espérer trouver des électeurs. 

Et enfin la hollandisation

C’est le manque d’autorité. Observer sa majorité se déliter jusqu’à en devenir impuissant. 

A l’Assemblée nationale, La République en marche a perdu la majorité absolue. Le parti présidentiel est en train d’exploser, façon Parti socialiste sous François Hollande. Les partis alliés comme le Modem ou Agir jouent des coudes pour rentabiliser au maximum leur statut de force d’appoint. Ils sont minoritaires, donc incontournable pour faire passer des textes. Le précédent est connu, ce sont les frondeurs du PS qui avaient mis le quinquennat de François Hollande à l’arrêt.

Bref, pour Emmanuel Macron qui s’est fait élire sur la promesse de transformer la société en profondeur, le moment est critique.

Il fait tout pour éviter de réaliser ce triplé

Ça l’agace, mais il a identifié le danger et il commence à secréter des anticorps.

Alors, contre la chiraquisation, il mise sur l’accélération. C’est la promesse renouvelée de réaliser toutes les réformes promises avant la fin de son mandat.

Contre la sarkozysation, la gauchisation. C’est la mise en avant des mesures sociales de sa politique comme la lutte pour l’égalité des chances, le congé paternité ou la réforme de la dépendance annoncée pour le début 2021.

Et enfin contre la hollandisation, la coalition. C’est la tentative de fédérer tous les groupes parlementaires qui le soutiennent au sein d’une sorte de majorité présidentielle pour l’élection de 2022. Le patron de La République en marche Stanislas Guérini, François Bayrou et son Modem, Edouard Philippe et ses amis de droite.

Vous voyez quand même que tout cela n’est pas simple, surtout dans le temps très court qu’il lui reste avant 2022

Le traitement peut-il fonctionner ?

Ça dépend de l’objectif. Si c’est pour se repeindre en de Gaulle, ça fait quand même un peu court. En revanche, si c’est pour rééquilibrer sa politique à gauche, afficher un bilan et remettre ses troupes en ordre, ça reste jouable. En tout cas s’il réussit à redresser la barre à moins de deux ans de l’élection présidentielle, ça créera un précédent et on pourra peut-être même parler de macronisation.

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