Par Carl Méeus, rédacteur en chef du Figaro Magazine

manuel valls enterre la hache de guerre avec christiane taubira
manuel valls enterre la hache de guerre avec christiane taubira © reuters

Il faut se méfier des apparences. Depuis une semaine, la petite musique médiatique donne Christiane Taubira victorieuse de Manuel Valls dans le bras de fer qui oppose la ministre de la Justice à son collègue de l’Intérieur au sujet de la réforme pénale.

Souvenez-vous de l’accolade très chaleureuse de Martine Aubry à l’arrivée de Taubira à la Rochelle, des tonnerres d’applaudissement pendant son discours, jusqu’aux propos de Jean-Marc Ayrault qui fustigeait les "jeux personnels qui ruinent les efforts collectifs" que tout le monde a interprétés comme visant essentiellement Manuel Valls.

- Cette sortie du chef du gouvernement ne visait pas directement son ministre de l'Intérieur ?

Pas vraiment. En fait il visait plutôt Christiane Taubira qui, la veille, avait cru bon annoncer sa réforme pénale pour tenter de forcer la main de Hollande et Ayrault sur la mesure qui coince entre elle et Valls : les peines probatoires. Annonce prématurée puisque l’arbitrage n’aura lieu que demain !

Déjà, la fuite dans les médias de la note de Manuel Valls critiquant le projet de réforme pénale notamment sur les peines probatoires avait irrité l’Elysée. C’est un classique entre ministères, quand on n’est pas sûr de gagner un arbitrage, on balance à la presse la mesure comme si elle était décidée pour tordre le bras des arbitres.

- Donc dans cette rivalité « Valls-Taubira », c'est la place Beauvau qui a pris l'avantage, au moins pour l'instant !

On verra demain quand les arbitrages seront rendus si l’Intérieur a vraiment gagné. Mais je peux vous dire que cette semaine la place Beauvau était plutôt confiante. Car au fond Manuel Valls est sur la même ligne que François Hollande. Tous les deux ont été traumatisés par la défaite de Lionel Jospin le 21 avril 2002. Souvenez-vous, pendant la campagne, le candidat avait concédé qu’il avait péché par sur la sécurité. C’était le 3 mars 2002 sur TF1 :

Hollande et Valls ne veulent plus être taxés de naïfs sur un sujet aussi sensible pour les Français.

- Sont-ils convaincants ?

C’est là tout le problème. Grâce à son activisme, à ses déplacements sur le terrain, à sa fermeté affichée, à défaut de résultats probants, Manuel Valls est le ministre le plus populaire du gouvernement. Il a même accru sa popularité après sa séquence estivale et la rentrée. Mais cette popularité ne rejaillit pas sur François Hollande. Le Président n’en bénéficie pas, parce ce qu’en laissant Taubira se mettre ainsi en scène, il laisse croire que la ligne du gouvernement est celle qu’elle défend, celle d’une gauche laxiste contre la gauche sécuritaire. Et on en arrive à ce paradoxe que Hollande est politiquement sur la ligne de Valls, mais médiatiquement donne l’impression d’être sur la ligne Taubira.

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