Retour ce matin sur le prix du site Le Trombinoscope , l’annuaire professionnel du monde politique qui distingue des élus politiques. Parmi les lauréats cette année, il y a un maire FN - c’est une première - : Steeve Briois, nouveau maire d’Henin Beaumont, récompensé.

steeve briois, symbole de la poussée du fn
steeve briois, symbole de la poussée du fn © reuters

Ce qui est un problème, c’est la raison invoquée par le jury, composé de patrons de presse et d'éditorialistes, pour expliquer ce choix. Le FN serait le « phénomène politique » de l'année. Vous me direz : pourquoi pas ? En 2014, ils ont réalisé de très bons scores aux municipales et aux européennes, ils sont en hausse assez constante dans les sondages.

Ce fameux Steeve Briois incarne cette réussite : il a été élu maire d'Hénin-Beaumont, il est l’un des nouveaux visages du Front National version Marine Le Pen - soit disant moins radical que celui de Jean-Marie Le Pen.

Le problème, c'est que le FN n’a pas à être un « phénomène », là nous ne sommes pas à la Nouvelle Star. Les seules explications qui auraient dû justifier leur décision étaient : sur quel bilan Steeve Briois l'emporte ? Sur quels résultats économiques ? Sur quelles avancées sociales ? Ça, on n’en sait rien. D'ailleurs, Steeve Briois s’est lui-même bien gardé d’aller sur ce terrain-là lors de son discours de remerciement. Il a fait ce que le FN sait très bien faire, il a adopté une posture de victime.

Une posture de victime alors qu’il reçoit un prix : je vous accorde que c’est assez ubuesque. Mais puisque le jury n'a pas vraiment assumé son choix en refusant de lui remettre en main propre par exemple sa récompense, Briois s’est fait un plaisir de déplorer ce traitement.

Marine Le Pen en a rajouté en tweetant « Honte au PS ».

Dans la salle, il y avait les députés Marion Marechal-Le Pen et Gilbert Collard, qui se délectaient de la situation.

C’est un peu le monde à l’envers : eux qui passent leur temps à dénoncer le « système » étaient là, précisément au cœur de ce « système », et même récompensés par ce « système ». Le président de l'Assemblée, où se déroulait la cérémonie a d'ailleurs refusé de s'infliger ce spectacle.

Claude Bartolone n'est pas venu et c’est difficile de lui reprocher.

Parce qu’avec le FN, il est temps que les politiques tranchent, adoptent des comportements clairs.

Voyez ce qui s’est passé lors de la marche du 11 janvier. Nos dirigeants étaient très gênés : fallait-il inviter le FN, fallait-il ne pas l’inviter ? Ce sujet a bien occupé leur conversation pendant 24 heures, François Hollande y compris.

Bilan : Marine Le Pen s’est encore placée en victime.

On peut aussi parler du débat autour de l'intégration ou pas d'une dose de proportionnelle aux législatives. C’était une promesse de François Hollande, maintenant il ne veut plus le faire pour ne pas envoyer trop de députés FN à l’Assemblée. En fait, tous donnent le sentiment de ne pas savoir comment traiter avec le FN, de ne pas savoir quoi faire de cette composante, quoi qu’il en soit incontournable, de la vie politique. Et dimanche, lorsqu’on connaîtra le score de la candidate du FN à la législatives partielle dans le Doubs, qui sera haut, l’UMP et le PS vont se lancer dans un débat autour de l’opportunité d’unir leurs forces pour faire barrage au FN. Parce que ça non plus, ça n’est pas tranché.

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