On a souvent reproché à Emmanuel Macron, au Premier ministre et aux ministres d’être trop technos et pas assez politiques. La réforme des retraites semble prouver tout le contraire.

Le président Emmanuel Macron, Paris, janvier 2020
Le président Emmanuel Macron, Paris, janvier 2020 © AFP / LUDOVIC MARIN

Que n’a-t-on pas écrit et glosé depuis qu’Emmanuel Macron est à l’Elysée, sur cette macronie qui n’aurait été pensée et peuplée que par des technocrates ! Les opposants pour le regretter. Alors que les élus macroniens, eux, s’affirmaient fiers de l’être. Au nom de l’efficacité sur le dogmatisme. 

Or, avec cette réforme labyrinthique des retraites, il semble bien que la macronie soit cul par-dessus tête. Et que les compétences réelles de notre fonction publique ainsi que celles des différents organismes dont s’entourent les ministères aient dû rabattre leurs prétentions en matière de participation aux décisions.  

Pourtant, il n’y a pas plus techniquement pointu que cette réforme des retraites ? 

Justement ! Et il semble bien qu’Emmanuel Macron pour qui c’était pourtant la mère des réformes, ait totalement sous-estimé cet aspect. Un élu de La République en Marche m’a confié qu’il n’avait jamais vu de réforme sociale aussi mal préparée, aussi floue et aussi peu transparente. Au point de s’interroger sur la réalité et en tout cas l’utilité des travaux menés pendant deux ans sous la houlette de Jean-Paul Delevoye. Au point aussi que la semaine dernière encore, après plus d’un mois de grèves et de critiques chiffrées des syndicats, le Conseil d’Etat ait rendu un avis au vitriol sur le projet de loi sur la réforme. Conseil d’Etat qui a dénoncé des études d’impact lacunaires et qui a mis en doute l’universalité de la réforme, pierre angulaire pourtant du projet voulu par le chef de l’Etat... 

Ça veut dire qu’avant tout cette réforme est politique ? 

On va finir par le croire. Et regretter, au moins pour l’apaisement du débat politique, que les fameux « technos » aient perdu de leur superbe.

Et de fait, les raisons politiques de ce ratage - seul l’avenir dira si c’est un échec - sont nombreuses. 

Alors que le projet n’était pas encore abouti, Emmanuel Macron ne s’est-il pas senti obligé d’aller vite après la crise des Gilets jaunes de peur d’être taxé d’immobilisme, lui le président réformateur ?

Emmanuel Macron, conforté par les Européennes après la crise des Gilets jaunes, n’a-t-il pas fait preuve de la fameuse arrogance que l’opinion publique ne cesse de lui reprocher, en estimant que désormais tout pourrait passer, même un âge pivot de derrière minute ? 

Enfin, plus sournois peut-être, le manque de précision chiffrée n’est-il pas le signe d’une réforme qui s’avérait beaucoup moins sociale qu’annoncée en 2017. 

D’où l’embarras de la CDFT et la dynamique de la CGT ? 

En politique, comme en amour, mieux vaut regarder dans la même direction mais, avec cette réforme des retraites, dans quelle direction regarde au juste Emmanuel Macron ? 
 

L'équipe
  • Jannick AlimiJournaliste politique au Parisien Aujourd'hui en France
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