Entre le Président de la République et son premier ministre le Premier ministre, il s’agit d’une cohabitation...

...qui ne dit pas son nom. Inédite, certes, mais une cohabitation tout de même ! Ce mot renvoie à une situation politique où le Président de la République et le premier ministre qu’il a nommé ne sont pas du même camp. C’est arrivé trois fois sous la Vème République, à la suite de législatives perdues par le président : de 1986 à 1988 entre Mitterrand et Chirac, de 1993 à 1995 entre Mitterrand et Balladur, et enfin de 1997 à 2002 entre Chirac et Jospin.

françois hollande et manuel valls au défi du rebond post-européennes
françois hollande et manuel valls au défi du rebond post-européennes © reuters

Valls et Hollande sont du même parti, mais on se souvient qu’entre Mitterrand et Rocard, de 1988 à 1991, on parlait de cohabitation entre deux hommes qui se détestaient alors même qu’ils appartenaient au même parti.

Avec Valls et Hollande, d’accord, on est loin de la détestation. Les deux hommes veillent à maintenir les apparences. Le Premier ministre prend bien soin de citer le nom du Président de la République à chaque discours et de placer son action sous son autorité. De son côté, François Hollande ménage son Premier ministre. Les deux hommes déjeunent plusieurs fois par semaine ensemble et dînent au moins une fois par semaine, sans compter les rendez-vous dans la journée.

Mais il y a tout de même quelques indices d'une cohabitation, comme la bagarre sur le budget de la défense, où on a vu un Valls qui tranche face à un Hollande qui tergiverse.

Deuxième indice : dimanche dernier, le Premier ministre intervient à la télévision de manière solennelle, dans un message enregistré avec drapeau français et européen derrière lui. Que fait le Président ? Il intervient le lendemain à la télévision, de manière solennelle, dans un message enregistré avec drapeau français et européen derrière lui… Ce genre de compétition où l’un répond à l’autre, on le voit généralement dans les périodes de cohabitation, quand il faut absolument occuper l’espace politique pour ne pas le laisser au rival dans la perspective de la prochaine élection.

Autre indice : dans son discours de politique générale, Manuel Valls avait annoncé la mise en place de la réforme territoriale. François Hollande l’a immédiatement reprise à son compte et c’est l’Elysée qui pilote désormais cette réforme pour ne pas en laisser le bénéfice au Premier ministre.

En 1988 comme en 2002, les deux protagonistes se sont affrontés à la présidentielle. Or, la leçon du scrutin de dimanche dernier, qui sera validée par les sondages des jours à venir, c’est que François Hollande, aujourd’hui, n’est plus en situation de porter les couleurs de son camp en 2017 . Ce n’est pas moi qui le dit, mais des éditorialistes de gauche: Jérome Jaffré dans le Figaro explique que « le choix du candidat pour 2017 ne va plus de soi » ; Renaud Dely sur son compte Twitter va plus loin en disant que « le chef de l’Etat ne sera pas en mesure de se représenter en 2017.

La gauche doit se mettre en quête du candidat qui pourra résister à la menace Le Pen. » Quel est le mieux placé aujourd’hui ? Manuel Valls. Il va donc chercher à capitaliser sur les bons sondages en tentant de se démarquer de Hollande, pour ne pas se laisser entraîner dans la chute par le Président.

Mais de son côté, le Président va vouloir tout faire pour pouvoir se représenter et donc empêcher son Premier ministre de tirer la couverture à lui. On sait où ce petit jeu conduit : à des affrontements feutrés puis de plus en plus visibles. Ça ne vous rappelle pas les précédentes cohabitations ?

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