Le PS va signer d’ici quelques jours pour l’achat de son nouveau siège à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. S’il passe de l’autre côté du périphérique c’est d’abord pour des raisons financières

Par Philippe Martinat.

C’est ce qu’on dit à la direction du PS qui, vu la situation financière du parti, n’avait sans doute pas d’autre solution que de vendre son siège historique de la rue de Solférino pour la coquette somme de 45 millions d’euros. Avec cet argent le PS s’apprête à acheter des locaux à Ivry-sur-Seine, certes moins chers, mais aussi beaucoup moins pratiques pour ses cadres fédéraux et élus de province qui devront, en sortant du train changer plusieurs fois de station de métro puis de RER avant de rejoindre le nouveau siège. Bonjour la galère ! Alors qu’en ajoutant quelques millions aux 6-7 ou 8 qu’il s’apprête à débourser pour s’installer à Ivry le PS aurait pu sans se ruiner migrer vers d’autres quartiers moins huppés et plus accessibles de la capitale. Après tout, ce n’est pas comme si la maire  de Paris, Anne Hidalgo était socialiste !

En vérité, la vraie raison de cette implantation est ailleurs. Pour le PS, partir en banlieue, c’est au fond expier cet éloignement ressenti des classes populaires. Aller en banlieue, c’est se prouver à lui-même qu’il est toujours de gauche. 

Olivier Faure, le nouveau patron des socialistes le reconnait d’ailleurs : il pense qu’installer son parti hors les murs de Paris contribuera à lui redonner une légitimité populaire. 

C’est ce genre de raisonnement qui, dans les années 70, avait poussé certains  jeunes gauchistes issus de la bourgeoisie à « s’établir » en usine pour ressembler aux ouvriers et faire la  révolution. Et ça n’a pas marché.

Ce qui est intéressant dans ces tribulations du PS, c’est qu’on voit remonter comme un remords son éternel sur-moi marxiste. C’est un vieux réflexe chez les socialistes. Rappelez-vous : après la déroute aux législatives de 1993, où est-ce qu’Henri Emmanuelli, alors Premier secrétaire, emmène ses camarades faire leur congrès un an plus tard? A Liévin, dans le Pas-de-Calais, l’un des lieux les plus emblématiques de la classe ouvrière d’antan. Cela n’a pas marché non plus, puisque le PS a perdu la présidentielle en 1995.  

Rebelote aujourd’hui : non seulement le PS va s’installer en banlieue mais il a choisi Ivry, un des derniers fiefs du PC orthodoxe – en mai 68 on aurait dit stalinien - qui ne veut d’ailleurs pas des socialistes dans sa majorité municipale. Si cela ce n’est pas expier ! On peut même s’attendre désormais à voir en septembre la direction du PS rejoindre son nouveau siège les genoux en sang et en se flagellant…

Le PS à Ivry ce n’est pas un déménagement, c’est un remords.

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