Par Matthieu Deprieck, journaliste au magazine L'Express

les intentions de vote en faveur du front national progressent
les intentions de vote en faveur du front national progressent © reuters
**Dans les urnes et les sondages, le FN ne cesse de monter. Face à cela, les partis politiques ont sorti les discours et les idées chocs, mais les états-majors dégainent aussi la calculette.** Car aujourd’hui, droite et gauche sont concentrées sur des chiffres et deux lettres, le F et le N. Toutes les semaines, même plusieurs fois par semaine, on entend les hommes politiques réagir à la montée du FN. Dans leurs discours. Dans leurs interviews. En tout cas toujours avec des formules qui claquent. C’est le cas à l’UMP. Et pour une fois, Copé et Fillon sont sur un pied d’égalité. On les écoute tous les deux :
href="http://www.franceinter.fr/#"> ![Lecture](http://www.franceinter.fr/sites/all/themes/fi_player_theme/img/spacer.png) Voilà pour les mots. Et les chiffres alors ? Certains d’entre eux inquiètent. **A Paris, à Marseille, à Lille, les sondages consacrés aux municipales montrent un FN en forte hausse** . Je ne vais pas vous accabler de chiffres si tôt le matin. Mais je vais vous donner un exemple, un seul. A Lille, depuis quelques semaines, un sondage attire tous les regards. Vous n’en avez pas entendu parler. Et c’est normal. Il est confidentiel et a été commandé par un des candidats. Que nous dit ce sondage ? Que **Martine Aubry arriverait en tête du premier tour devant le candidat UMP. Le FN pointerait, lui, en 3e position.** 3e, ce n’est pas surprenant. Ce qui l’est plus, c’est son score : 23%. 23% à Lille, pour vous faire une idée, c’est quatre fois plus qu’aux dernières municipales. **Certes, ce ne sont que des sondages,** sauf que dans les urnes, la situation est la même. Et là aussi, les calculettes sont de sortie. Ces derniers mois, dans l’Oise, à Villeneuve-sur-Lot et à Brignoles, des Français ont voté. A chaque fois, le PS a décortiqué les résultats. Et quand je dis « décortiquer », ce n’est pas un mot en l’air. Le PS s’est posé une multitude de questions : qui est venu voter au premier et au second tour ? Quel candidat a le plus progressé ? Au détriment de qui ? Dans quel bureau a-t-on le plus voté FN ? Tout a été passé à la loupe. Ils ont appris que le FN progresse. Vous allez me dire « ce n’est pas un scoop ». **Mais la nouveauté, c’est qu’il progresse vite et sur une courte période : de la dernière présidentielle à aujourd’hui.** Un exemple. A Villeneuve-sur-Lot, en juin dernier, le candidat FN a recueilli, au premier tour, presque deux fois plus de voix que Marine Le Pen en avril 2012, sur la même circonscription. **Pour expliquer une telle progression,** certains chercheurs spécialisés sur le FN avancent une hypothèse originale. Ils ont retourné le problème. Au lieu de se demander pourquoi le FN était si haut aujourd’hui, ils se sont demandés s’il n’était pas trop bas en 2012. Si Nicolas Sarkozy avec sa campagne très à droite n’avait pas limité la progression de Marine Le Pen. Si finalement, Marine Le Pen n’aurait pas dû réaliser, en 2012, les mêmes résultats électoraux que ses candidats en 2013. Ça fait beaucoup de « si » et comme on dit, avec des « si » on mettrait Paris en bouteille. Une chose est sûre : pendant ce temps-là, le FN, lui, est loin de rester en carafe.
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